« Melania ». Quand un nanar conjugal veut faire oublier l’affaire Epstein
Gros budget, gros succès mais gros navet, ce documentaire-pub sur la Première dame tente de nous faire croire au couple modèle avec Donald
Une première mondaine très politique
Melania fait son cinéma. Le 29 janvier dernier, la Première dame, accompagnée de son mari, a présidé la première d’un film documentaire dont elle est le personnage principal au Kennedy-Trump Center à Washington. Une cérémonie sans intérêt particulier à laquelle a assisté le ban et l’arrière-ban du trumpisme, trop content d’avoir une occasion de faire sa cour, de multiplier les superlatifs et commentaires flatteurs à l’endroit du couple présidentiel.
Le long métrage raconte la vie de Melania pendant les vingt jours qui ont précédé la seconde investiture de son époux. 104 minutes de banalités et de mièvreries où la Première dame sélectionne la vaisselle et prépare les cartons d’invitation de la cérémonie d’investiture.
La réalisation a coûté 40 millions de dollars. Le budget de communication atteint 35 millions, et la Première dame a bénéficié d’un cachet de 28 millions de dollars. Le tout est distribué par Amazon MGM, studio dont la filiale Metro-Goldwyn-Mayer participe à la production. Jeff Bezos, à la tête d’Amazon, espère par ce geste plus que généreux s’attirer les bonnes grâces du président pour ses affaires. Un mécénat très politique et très intéressé, du lobbying bien compris à la limite de la corruption. Le magnat de la tech a besoin de la bienveillance de l’administration Trump pour des raisons fiscales et pour qu’elle soutienne les opérations de croissance externe de son groupe. Résultat : un bon gros navet.
La critique massacre le film
La critique a été extrêmement sévère, aux États-Unis où le film sort dans 1 700 salles, comme à l’étranger où il peut être vu dans 27 pays, mais pas en France, pays sans doute pas suffisamment « trumpophile » pour accueillir cet édifiant nanar.
Variety parle d’un film « creux », « obsédé par l’apparence plutôt que par le sens ». Le New York Times estime qu’il confond « silence et profondeur ». The Atlantic note que « l’ajustement d’un chemisier y tient lieu de narration ». En Grande-Bretagne, The Guardian évoque « deux heures d’ennui glacé » et une œuvre vide de toute humanité. Le très conservateur The Times y voit une incapacité à « dépasser la mise en scène de la richesse ».
« Symbole des fractures américaines »
Son de cloche plus analytique en France où Le Monde voit « le personnage de Melania toujours tiré à quatre épingles, comme un symbole des fractures américaines ». La cause est entendue. Le film ne fera pas bouger les lignes politiques d’un centimètre. À sa vue, personne ne changera d’opinion.
Le film est raté, l’opération de propagande aussi, même si, trois jours après sa sortie, le documentaire a fait exploser le box-office aux États-Unis et aurait rapporté 20 millions de dollars. Sans surprise, les militants et les fans s’y sont précipités. À l’étranger, le bide est complet. Globalement, le retour sur investissement financier et politique est loin d’être acquis.
Brett Ratner, le réalisateur accusé d’agressions sexuelles
Reste le contexte. Le réalisateur s’appelle Brett Ratner. Accusé en 2017 de harcèlement et d’agressions sexuelles par au moins six actrices, c’est Melania qui l’a choisi et Donald Trump qui l’a imposé. Une réhabilitation qui pose question alors qu’on croyait que le mouvement MeToo avait plus ou moins purgé Hollywood de ce type de prédateur.
D’autant que ce metteur en scène apparaît sur une photo du dossier Epstein, embrassant une jeune femme aux côtés du milliardaire trafiquant d’êtres humains. Pourquoi ce choix alors que l’affaire Epstein continue d’empoisonner la vie publique américaine ? Donald Trump, lui aussi cité plus de mille fois dans les documents de l’affaire, s’est-il senti solidaire de ce personnage douteux ? Redevable au président, était-il l’homme sur lequel on pouvait compter pour réaliser un documentaire de pure propagande à la gloire du couple présidentiel ?
Quoi qu’il en soit, 104 minutes de platitudes montrant une femme dévouée au service d’un époux aimant ont effectivement un but bien précis : combattre les horreurs insinuées par l’affaire Epstein. Non, Donald Trump ne serait pas l’ignoble personnage qui insulte les femmes, ne les considère que comme du gibier sexuel, aurait participé aux parties fines d’Epstein où de très jeunes filles auraient été offertes à ses invités. Non, au contraire, c’est un mari fidèle, un père de famille attentionné, un patriarche bon et généreux.
La ficton du couple modèle
Mais où est la vérité ? Lorsque Melania, pendant la cérémonie d’investiture du second mandat, détourne la tête pour éviter un baiser de son mari, s’écarte vivement lorsqu’il tente de lui saisir la main, ou plus rarement lorsqu’elle paraît accepter ces gestes de tendresse.
Melania vit éloignée de Donald. Elle a ses propres affaires, réside hors de Washington. Elle n’apparaît que comme un trophée au sourire figé lors des manifestations officielles. Ce couple que la propagande nous veut modèle est-il un couple ?
Un mannequin sur papier glacé se livrant à des tâches ménagères
La Première dame s’occupe peu de l’action politique de son mari. Les rares fois où elle est intervenue, c’est pour la critiquer, notamment l’arrestation d’enfants d’immigrants et la séparation de leurs familles. Le film ne révèle d’ailleurs rien de l’intimité du couple, rien de l’aura de mystère qui entoure Melania.
À la sortie des salles où il est projeté, les fans, aux États-Unis, s’extasient : « Il faut voir ce film pour comprendre qui est Melania », lâche l’une d’elles. Faux. La pellicule ne révèle qu’un mannequin sur papier glacé se livrant à des tâches quasi ménagères. Un personnage extrêmement vide.
D’autres estiment que la Première dame est l’exemple parfait du rêve américain, une immigrée slovène qui aurait magnifiquement réussi. Certes. Mais à quel prix ?
Encadré

🎬 Le film Melania en chiffres
⏱️ 104 minutes
📖 Les vingt jours précédant la seconde investiture de Donald Trump
💰 Coût de production : 40 millions de dollars.Budget de communication :35 millions de dollars. Cachet de Melania Trump : 28 millions de dollars
🎥 Distribution
Amazon MGM Studios (Metro-Goldwyn-Mayer)- Diffusion : États-Unis : 1 700 salles- International : 27 pays- France : non distribué
📊 Recettes
Environ 20 millions de dollars aux États-Unis après trois jours d’exploitation
Encadré

🕰️ Trump – Epstein
📍 Années 1990-2000
Donald Trump et Jeffrey Epstein fréquentent les mêmes cercles mondains à New York et en Floride. Des photos et témoignages attestent de relations sociales régulières.
🗣️ 2002
Trump déclare connaître Epstein « depuis quinze ans » et le qualifier de « type formidable », évoquant son goût pour les « belles femmes, souvent très jeunes ».
⚖️ 2008
Epstein est condamné pour prostitution de mineures et bénéficie d’un accord judiciaire très favorable. Trump ne prend pas publiquement ses distances à ce moment-là.
🚔 2019
Epstein est arrêté pour trafic sexuel de mineures et meurt en prison avant son procès.
📂 2023-2024
Des documents judiciaires rendus publics citent Donald Trump à de multiples reprises

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