Où va la Serbie ?
Plus qu’une élection, Aleksandar Vučić jouera Le 25 octobre, son maintien au pouvoir. Face à lui, la rue, les étudiants et le spectre d’un scrutin sous tension
Les élections législatives anticipées du 25 octobre 2026 pourraient marquer un tournant majeur pour la Serbie. Après près de deux ans de manifestations antigouvernementales déclenchées par l’effondrement meurtrier de la gare de Novi Sad, qui a fait 16 morts en novembre 2024, le président Aleksandar Vučić a finalement accepté de convoquer un scrutin que réclamait la rue.
Le grand retour du président
Mais l’enjeu dépasse largement le renouvellement du Parlement. Réélu président en 2022 pour un second et dernier mandat autorisé par la Constitution, Aleksandar Vučić a annoncé son intention de quitter la présidence afin de mener la campagne de son parti et pourrait revenir au poste de Premier ministre qu’il occupait entre 2014 et 2017.
Cette stratégie évoque bien sûr le précédent russe de 2008, lorsque Vladimir Poutine, empêché de briguer un troisième mandat consécutif, avait laissé la présidence à Dmitri Medvedev tout en conservant l’essentiel du pouvoir comme Premier ministre. Vučić semble aujourd’hui tenter sa propre version de ce « tandem Poutine-Medvedev », afin de rester l’homme fort de la Serbie au-delà de 2027. Son parti contrôle l’essentiel de l’appareil d’État et demeure fortement implanté dans les campagnes.
La rue bouscule le pouvoir
Pour la première fois, cependant, le pouvoir paraît vulnérable. Un sondage réalisé par les organisations CRTA et Democracy Action Lab attribuait, en juillet 2026, 44,9% des intentions de vote à la nouvelle liste étudiante, contre 35,7% au Parti progressiste serbe (SNS) de Vučić. Un autre sondage publié fin août donnait même 48,5% à la liste étudiante, contre 38,6% au SNS.
Cette contestation s’inscrit dans un contexte politique marqué par un nationalisme toujours vivace. La mémoire des guerres des années 1990 reste un sujet explosif et les hommages de près de 20 000 nationalistes serbes au général Ratko Mladić, condamné pour génocide et crimes contre l’humanité, continuent d’inquiéter Bruxelles.
Bruxelles face au verrou serbe
Le processus d’adhésion à l’Union européenne semble plus bloqué que jamais. Dans son rapport sur la Serbie adopté à l’été 2026, le Parlement européen juge que le pays n’a enregistré aucun progrès significatif sur les critères politiques essentiels et s’inquiète de la dégradation de l’État de droit, des conditions d’organisation des élections ainsi que des relations privilégiées entretenues avec Moscou et Pékin. Les eurodéputés considèrent désormais que toute avancée vers l’adhésion doit être conditionnée à des réformes démocratiques tangibles.
Des funérailles aux allures d’État
La mort de Ratko Mladić, le 27 août 2026, alors qu’il purgeait une peine de perpétuité pour génocide, a ravivé les fractures. Ses obsèques, le 7 septembre à Belgrade, ont réuni des milliers de personnes. Sans être officiellement nationales, elles en ont pris les apparences : cercueil drapé du drapeau serbe, présence de ministres et honneurs militaires. Bruxelles y a vu une glorification supplémentaire d’un condamné pour génocide.
Pékin, Moscou, Kiev : le grand écart
Parallèlement, Aleksandar Vučić poursuit une politique d’équilibre entre les grandes puissances. En mai 2026, il s’est rendu à Pékin pour afficher son partenariat stratégique avec la Chine, premier investisseur étranger en Serbie.
Dans le même temps, Belgrade tente d’améliorer ses relations avec Kiev. Vučić a reçu le président ukrainien Volodymyr Zelensky en août 2026 et affiche son soutien à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Toutefois, la Serbie refuse toujours de sanctionner la Russie et continue d’entretenir des liens politiques, économiques et culturels étroits avec Moscou.
Cette diplomatie ambiguë s’étend au domaine militaire. Le Kremlin accuse régulièrement Belgrade de laisser parvenir des munitions serbes à l’Ukraine via des intermédiaires. Vučić a reconnu que des exportations d’armements serbes avaient pu finir sur le front ukrainien sans pour autant admettre une fourniture directe à Kiev.
La fuite des jeunes, l’autre verdict
En cas de fraude électorale marquée, les jeunes pourraient continuer de voter avec leurs pieds : un million de personnes nées en Serbie vivent désormais à l’étranger, soit environ 14,6% de la population. Les plus diplômés trouveront du travail dans des pays démocratiques, notamment l’Allemagne et l’Autriche, alors que le pays vieillissant continuera de soutenir un système mafieux et revanchard.
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