Pete Hegseth : pour une armée de tueurs
Rhétorique brutale, vision idéologique et guerre fantasmée, le secrétaire à la Guerre des États-Unis veut des guerriers plutôt que des soldats.
« Pas de quartier ! »
Le secrétaire à la Guerre des États-Unis se veut un vrai dur. Un guerrier dans l’âme qui ne s’embarrasse d’aucune forme de respect de l’ennemi. Les vieilles traditions militaires voulaient que l’on honore le courage malheureux de l’adversaire vaincu. Cette sorte d’élégance morale, comme beaucoup d’autres, est inconnue d’un Pete Hegseth. Pas de guerre en dentelles pour ce fier-à-bras qui y voit une façon bien peu virile d’en découdre. Le bon Iranien est un Iranien mort. Dans sa dernière conférence de presse, le 4 mars, au cinquième jour du conflit, le chef du Pentagone a donné la pleine mesure de cette conception du combat à outrance.
« Cette guerre n’a jamais été censée être juste, et elle ne l’est pas«
Le magazine « The Atlantic » a jugé ses propos sévèrement : « (il) semble préférer se comporter comme un joueur du jeu vidéo (Call of Duty) menant un raid plutôt que comme un ministre de la Défense sobre et avisé. » Le ministre, effectivement, en rajoute : « Cette guerre n’a jamais été censée être juste, et elle ne l’est pas. Nous les frappons alors qu’ils sont à terre, exactement comme il se doit. » Pas de quartier donc. « Nous les trouverons et nous les tuerons », promet-il.
Une frégate iranienne qui fuyait le combat, torpillée
Une phrase qui fait écho à celle de Poutine menaçant en 1999 de poursuivre les terroristes tchétchènes « jusque dans les chiottes » pour les tuer. Une référence dans la brutalité. D’ailleurs Pete Hegseth aime bien les exécutions. Il annonce ce qu’il considère comme un remarquable fait d’armes. Alors qu’elle s’éloignait du théâtre des opérations et gagnait l’océan Indien, croisant au large du Sri Lanka, la corvette « Dena » est torpillée par un sous-marin d’attaque nucléaire de l’US Navy. Sur les 180 marins de l’équipage que comptait le bateau, 87 corps sont repêchés par la marine sri-lankaise, 32 marins secourus. 61 sont portés disparus.
« Une mort silencieuse »
Le secrétaire à la Guerre, comme fier, commente : « une mort silencieuse. » En réalité, les marins iraniens qui fuyaient les combats n’avaient aucune chance. Détail qui ne saurait inspirer au ministre la moindre retenue. Dans ces délires, Pete Hegseth réduit même le conflit à une sorte de version abracadabrantesque de « Règlement de comptes à OK Corral ». Le Guide suprême voulait assassiner le président des États-Unis. Mais Donald Trump tire plus vite qu’Ali Khamenei. Le chef du Pentagone, toujours flagorneur à l’égard de son maître, conclut : « c’est lui qui a eu le dernier mot. »

UN nationaliste chrétien, bardé de tatouages à la gloire de Dieu et des croisades
Conception d’une guerre fantasmée loin du réel. Pourtant le secrétaire à la Guerre a eu une carrière militaire dans la Garde nationale du Minnesota avant de devenir un animateur de Fox News. Il a servi à Guantánamo (Cuba ), en Irak, en Afghanistan. Pas toujours, il est vrai, au combat. Mais a recueilli quelques décorations dont une Bronze Star décernée pour un acte méritoire. Il a atteint le grade de commandant. Qu’a appris du métier des armes ce nationaliste chrétien, bardé de tatouages à la gloire de Dieu et des croisades ? Qu’il faut tirer le premier pour massacrer le plus possible de mécréants ? Qu’il faut des guerriers qui savent tuer.
Pas de femmes, des hommes minces, jeunes, des GI Joe parfaits. Dès sa nomination, le ministre s’est employé à remettre de l’ordre dans les forces armées américaines selon ses propres visions avec l’entier accord de Donald Trump. Le 30 septembre 2025, le secrétaire à la Guerre prononce un discours-clé. Son département vient juste de se faire rebaptiser : la guerre a remplacé la défense. Tout un programme, très antinomique du pacifisme proclamé par le président.
L’armée contre le « wokisme »
Le ministre a convoqué 800 généraux et amiraux sur la base des Marines de Quantico. Donald Trump commence par une allocution au cours de laquelle il incite l’armée à devenir une force de répression intérieure. Les officiers généraux restent impavides. Pas d’applaudissements, un silence total. C’est la règle, mais le président est un peu désemparé. Pete Hegseth va, lui, se lancer dans une vaste diatribe contre l’esprit woke qui, selon lui, pourrit les forces armées et leur enlève toute agressivité. Fin des politiques d’équité, de diversité ou d’inclusion. Les règles d’engagement seront facilitées pour ne plus présenter de limites. On tire d’abord et on tue.
Il le dit clairement : « nous voulons des guerriers, pas des défenseurs. » Les purges nombreuses vont confirmer ces orientations. Aujourd’hui, c’est une armée que l’administration Trump suppose alignée sur l’idéologie MAGA qu’elle a envoyée bombarder l’Iran. Cette force est supposée être plus efficace parce que plus létale. Elle a surtout un formidable avantage technologique. Pete Hegseth croit avoir déjà gagné. Mais rien n’est moins sûr au bout de quelques jours de frappes.
La faiblesse de la force
Le chef du Pentagone, si l’on en croit ses propos, a tendance à considérer que la guerre se résumerait à une gigantesque et sophistiquée chasse à l’ennemi et qu’il suffirait de l’éliminer. Mais il devrait méditer cette phrase de Paul Valéry : « la faiblesse de la force est de ne croire qu’à la force. » Mais arrive-t-il à Pete Hegseth de réfléchir ?

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