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Pourquoi il faut rompre avec l’Amérique de Trump

publié le 30/12/2025 par Jean-Paul Mari

Question de survie. Face à Trump qui veut soumettre l’Europe ou la faire disparaître, l’heure n’est plus au compromis mais à l’affrontement

Qu’est-ce que l’Amérique profonde sinon l’Amérique obscure ? Elle a toujours existé, la différence aujourd’hui est qu’elle a pris le pouvoir. Et porté son candidat à la tête de ce qui a été la plus grande démocratie du monde.


L’Europe n’arrive pas à y croire. Elle qui s’accroche au D-Day, au « Lafayette, nous revoilà », à la modernité politique d’un Kennedy et au mythe éculé du «Rêve américain», équation à somme nulle du bonheur par la consommation. Le cliché éblouissant – Marilyn Monroe, Coca-Cola et Hollywood  – a toujours caché la face sombre de l’Amérique, la pauvreté implacable des ghettos, le racisme de « Mississippi Burning », lynchages et croix enflammées, censées en finir avec les « nègres, youpins, athées et communistes », aujourd’hui regroupés sous le nom générique de «migrants». Et la violence des armes qui a remplacé le colt du cow-boy par le M16 à la sortie des écoles.

La brutalité d’abord, celle de la police, des massacres collectifs, de la carte de crédit exigée au mourant à l’entrée de la clinique. La brutalité surtout au service d’une paranoïa collective. Tout ce qui ne parle pas anglais est indigène, tout ce qui n’est pas soumis est hostile dans cette Amérique en guerre éternelle, où les fêtes nationales voient défiler les vétérans centenaires aux côtés de soldats imberbes.

Donald Trump est l’héritier de cette Amérique obscure. Il en a la haine, la brutalité et la vulgarité affichée. La haine de la culture, des intellectuels et des démocrates. La brutalité et la vulgarité du prédateur sexuel de l’affaire Epstein, qui voit la femme comme un objet à consommer et lui refuse toute évolution, comme le droit à l’avortement. Autour de lui, son entourage brandit au nom de Dieu, comme le vice-président J. D. Vance, la religion comme un étendard militaire, où Dieu n’est plus miséricordieux mais guerrier en croisade.

Leur Amérique cajole le camp de la force brute avec Poutine et soutient, forcément, l’Argentine de Milei, le Brésil de Bolsonaro ou le Chili de l’ex-Pinochet, en les encourageant, comme lui, à réprimer les opposants, la presse et les juges.

Et puis il y a l’Europe… Ah ! l’Europe, et son obstination à défendre d’autres valeurs ! Des « profiteurs » qu’il faut taxer, des naïfs qui croient au changement climatique, « la plus grande escroquerie jamais perpétrée », ce minuscule continent infesté de migrants, en déclin, promis à « l’effacement civilisationnel ». L’Europe qu’il faut punir en interdisant de séjour, comme un criminel, Thierry Breton, l’ancien commissaire européen.

En 1966, De Gaulle avait quitté l’OTAN pour affirmer l’indépendance nationale et refuser la domination et l’intégration supranationale. Un exemple pour d’autres pays européens, sur lequel s’est empressé de revenir en 2009 Sarkozy, l’atlantiste béat.

Oui, il faut dire à nouveau non à l’Amérique obscure de Trump. Parce qu’il prétend diriger le sort des Européens, soutient les mouvements et les partis d’extrême droite dont il banalise les idées. Déjà, un journal français a titré sur les « bonnes idées de Trump ».

L’Europe doit renoncer au matelas du compromis permanent, au sourire satisfait d’Ursula von der Leyen quand elle signe à la Maison-Blanche un accord à la Munich, en finir avec le mantra du « dans trois ans, c’est fini », alors que Trump n’est que le sommet émergé de l’iceberg et que J. D. Vance et tous les autres cinglés attendent impatiemment la relève.

Un esprit rationnel objectera l’interdépendance économique, sécuritaire et historique avec les États-Unis, et la difficulté, voire l’impossibilité, de trancher le nœud gordien. À juste titre. Mais il ne s’agit pas de rompre avec l’Amérique toute entière. Ou de refuser toute relation économique ou politique. Il s’agit de rompre avec l’Amérique de Trump. De refuser l’hypocrisie en vigueur, de dire haut et fort que cette Amérique obscure est hors de la morale internationale, hors du droit, hors la loi.

De rendre coup pour coup, comme la Chine mais à notre échelle, parce que Trump, tenant de la force brute, ne comprend que la force. De cesser de courber l’échine comme un vassal face à son souverain, et de s’employer, dès maintenant, à construire une économie et une défense qui redonneront à terme à l’Europe la place morale qu’elle mérite dans le monde, et surtout, une existence et une souveraineté. 

C’est une question de survie. Tout ce que Trump l’obscur ne veut pas, lui qui, comme Poutine, a décidé d’en finir avec cette Europe qu’il veut soumettre ou briser. Et faire disparaître.


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