Quand la Russie entre en guerre, hybride, contre l’Allemagne
Drones explosifs, cyberattaques, faux sites d’information : l’Allemagne renforce sa défense face à la multiplication des opérations hybrides
Photo : La police fédérale allemande neutralise un drone équipé d’un « engin explosif » à l’aéroport de Leipzig/Halle, à Schkeuditz (Allemagne), le 5 août 2026. (HENDRIK SCHMIDT / AFP)
L’Allemagne fait face à une intensification des opérations de déstabilisation attribuées à la Russie. Drones survolant des sites sensibles, cyberattaques contre des institutions publiques, campagnes de désinformation visant les élections : les autorités allemandes estiment que ces actions s’inscrivent dans une stratégie de « guerre hybride » destinée à fragiliser les démocraties européennes sans recourir à un affrontement militaire direct.
1000 signalements de drones suspects au-dessus de sites sensibles
Depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, les services de sécurité allemands observent une hausse des incidents touchant les infrastructures du pays. En 2025, plus de 1 000 signalements de drones suspects ont été recensés à proximité d’aéroports, de bases militaires et de sites stratégiques. Les autorités considèrent qu’une partie de ces activités pourrait être liée à des réseaux agissant pour le compte de Moscou, même si l’attribution formelle demeure souvent complexe : retrouver le pilote d’un drone est en effet souvent impossible.
Cela n’a pas empêché le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt d’évoquer une « nouvelle dimension de menace » après la découverte d’un drone explosif près d’un aéroport stratégique de l’Otan à Leipzig dans la nuit du 4 au 5 août dernier. Un autre incident a par ailleurs concerné le choc entre un avion-cargo civil et un drone, ce qui a provoqué de légers dommages sur son fuselage.
« Fancy bear », l’arme numérique du renseignement militaire russe
La menace s’étend également au cyberespace, où la lutte informationnelle bat son plein, surtout en période électorale. Le gouvernement a officiellement attribué plusieurs cyberattaques au groupe « APT28 », également connu sous le nom de « Fancy Bear », lié au renseignement militaire russe, le GRU. Parmi les cibles figuraient le siège du Parti social-démocrate (SPD) et des entreprises du secteur de la défense.
Objectif : jouer sur la peur?
De plus, des enquêtes ont mis au jour l’opération « Storm-1516 », accusée d’avoir créé plus de 100 faux sites d’information germanophones pour diffuser des contenus mensongers visant plusieurs responsables politiques, la plupart étant des soutiens à la cause ukrainienne. Les autorités ont également identifié plus de 50 000 faux comptes sur le réseau social X associés à la campagne de désinformation « Doppelgänger ».
Il s’agit d’amplifier des récits favorables au Kremlin et à éroder la confiance des citoyens dans les institutions. Le parti d’extrême droite AfD, très russophile, ne cesse de jouer sur la peur d’une confrontation militaire directe avec Moscou pour justifier de courber l’échine devant le Kremlin.
Des agents recrutés à bas coût
La Russie va jusqu’à engager des « agents de bas niveau », c’est-à-dire des marginaux qui, en échange de quelques deniers, s’acquittent de basses œuvres sans qu’il soit forcément possible de remonter au donneur d’ordres : sabotage, repérage, incendies…
La riposte allemande s’organise
Le gouvernement allemand a progressivement durci sa réponse, même si le chancelier Merz reste sur la réserve dans ses déclarations publiques. Le ministère de l’Intérieur prévoit notamment de doubler les effectifs spécialisés dans la lutte antidrones, passant de 150 à 300 experts, et d’étendre le réseau de bases dédiées de quatre à huit sites. En parallèle, Berlin a inauguré mardi un centre de recherches technologiques spécialisé dans la sûreté des drones, sur un aéroport construit dans les années 1970 par les Soviétiques, dans l’est de l’Allemagne.
Fin 2025, le ministère des Affaires étrangères avait déjà convoqué l’ambassadeur russe à Berlin pour protester contre ce qu’il décrit comme une série d’actes hostiles mêlant sabotage, cyberattaques et campagnes de désinformation. Sans surprise, Moscou a qualifié ces informations d’« infondées »…
Encadré
◉ Les acteurs russes de la guerre informationnelle et numérique
APT28 / Fancy Bear : le bras cyber du GRU
Ce groupe de piratage, attribué par Berlin au renseignement militaire russe, est spécialisé dans l’espionnage numérique : compromission de messageries, exploitation de failles logicielles et collecte de données. En Allemagne, il a notamment visé la direction du SPD en exploitant une vulnérabilité alors inconnue de Microsoft Outlook.bundesregierung+1
Doppelgänger : l’imitation de médias pour tromper
Cette campagne consiste à créer des sites et profils qui empruntent l’apparence de médias ou de personnalités légitimes. Le dispositif diffuse ensuite des contenus fabriqués afin d’éroder la confiance dans les institutions démocratiques et le soutien européen à l’Ukraine. L’UE l’attribue à des structures russes, dont la Social Design Agency et Struktura, financées par l’État russe.eeas.europa+1
Storm-1516 : faux « reportages » et deepfakes
Cette opération pro-russe recourt à des pseudo-enquêtes, de faux témoignages, des vidéos manipulées et des images générées artificiellement, avant leur amplification sur les plateformes. Son objectif est de fragiliser des responsables politiques, de polariser le débat et de discréditer les processus électoraux. Elle a été identifiée par les autorités allemandes parmi les dispositifs ayant cherché à influencer les élections fédérales de 2025.reuters+1
Matryoshka et Overload : l’intimidation des vérificateurs
Ces campagnes cherchent moins à convaincre directement le grand public qu’à saturer l’écosystème de l’information : sollicitations massives de rédactions et de fact-checkers, signalements coordonnés, faux contenus et campagnes de harcèlement. L’enjeu est d’épuiser les capacités de vérification tout en donnant une visibilité artificielle aux récits pro-Kremlin. Les services européens les rangent parmi les principaux ensembles de manipulation de l’information liés à la Russie
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