Russie-OTAN : quelques odeurs avant l’orage
De l’Estonie à la Pologne en passant par la Roumanie, les provocations russes se multiplient. Jusqu’à la guerre?
Les nuages s’accumulent dans le ciel de l’Est. Des nuages noirs, lourds, façon cumulonimbus, venus des plaines glacées de Russie, qui convergent sur un large front vers les frontières de l’Europe, donc de l’OTAN, et commencent à dessiner un ciel d’orage à venir.
Le dernier est apparu en Estonie, le 19 septembre dernier, en plein jour, entre 9 h 58 et 10 h 10 du matin. Trois MiG-31 russes sont entrés dans l’espace aérien près de l’île de Vaindloo, dans la mer Baltique, à 95 kilomètres au nord-ouest de la capitale, Tallinn.
Pendant douze minutes, une éternité militaire, ils ont survolé la région en silence, sans plan de vol, sans transpondeur — l’instrument qui permet de donner sa position aux radars au sol —, sans contact avec les civils. Trois oiseaux fantomatiques ont volé pendant douze minutes au-dessus du pays, le temps qu’il a fallu aux F-35 italiens, prévus dans le cadre de la mission Baltic Air Policing, pour les intercepter. À leur vitesse maximum, 3 000 km/h, cela donnerait aux MiG russes le temps de survoler l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie… avant de se poser dans l’enclave russe de Kaliningrad, en toute impunité. Une énorme provocation.
D’autant que l’Estonie, ces derniers mois, a vu se multiplier les cas de sabotage, de cyberattaques et d’espionnage, tous imputés à la Russie.
L’Estonie a d’ailleurs immédiatement demandé l’application de l’article 4 de l’OTAN, qui prévoit une réunion d’urgence avec les pays alliés. Un signal politique fort qui dit, en clair : « Ma sécurité est menacée, nous devons agir ensemble. »
Le nuage du matin estonien a été précédé, neuf jours à peine plus tôt, le 9 septembre, par une mauvaise nuit polonaise, quand une flottille de dix-neuf à vingt-trois drones russes a violé son espace aérien. L’un d’entre eux a occasionné des dégâts légers sur une maison de campagne. La défense polonaise a abattu quatre drones et, elle aussi, demandé l’activation de l’article 4.
Six jours plus tard, le 13 septembre, c’est la Roumanie qui a détecté l’intrusion d’un drone pendant près d’une heure dans son espace aérien avant qu’il ne quitte la zone.
Tout cela, au moment même où se déroulent des manœuvres conjointes de l’armée russe et biélorusse, baptisées Zapad-2025, à la frontière de la Pologne. Or, « Zapad », en russe, veut dire « Ouest », pour ceux qui auraient du mal à comprendre l’intention.
L’intention ? Une provocation directe contre l’Estonie qui teste les réactions de l’OTAN et accroît le sentiment de menace parmi ses alliés à l’Est. Une tentative de saturation en Pologne, histoire de jauger les capacités anti-drones de l’OTAN. La multiplication des fronts de pression, Roumanie comprise, pression diplomatique, militaire et psychologique, en montrant son omniprésence.
Face à cela, l’OTAN, qui a évidemment condamné ces actions, a fourni un soutien militaire et logistique aux pays affectés, avant d’accroître sa présence militaire dans la région en espérant dissuader de nouvelles agressions.
On peut se contenter de considérer les incidents comme des roulements d’épaules de Moscou, regarder le ciel s’assombrir en se répétant qu’un léger parapluie suffira ou défiler dans les rues en criant « Macron, non à la guerre », façon incantatoire, avant de rentrer chez soi se mettre bien au sec.
Reste que la question subsiste : que veut Vladimir Poutine ?
Un début de réponse vient de l’autre question : qui est-il ?
Né à Leningrad en 1952, dans une ville marquée par un siège épouvantable de deux ans et quatre mois, fils d’un ancien combattant de la Marine soviétique et d’une ouvrière, logé dans un appartement collectif d’après-guerre, il est décrit comme un bagarreur, habitué des rudes cours intérieures des immeubles de Leningrad, féru de judo et d’arts martiaux, passionné de films d’espionnage et de récits patriotiques, qui rêve dès quinze ans d’entrer dans les services de renseignement. Né communiste, grandi dans la violence, poli par le KGB, nostalgique de la puissance de l’ex-URSS, intelligent et déterminé… le rappel n’est pas inutile pour comprendre la méthode : le rapport de force.
Vladimir Poutine ne renonce à rien. Ses provocations, intrusions, incursions, agressions à l’Ouest, et les réactions — ou le manque de réactions — des pays de l’OTAN, lui permettent de savoir jusqu’où il peut aller, sa propre direction et ses buts étant déjà solidement établis.
Le pire est que son offensive se produit au moment où un des piliers atlantiques de l’OTAN, l’Amérique — 70 % de ses capacités militaires —, est dirigée par un président sans envergure, bouffi d’orgueil et avide de profit immédiat, qui ne pense qu’à commercialiser son aide militaire, quitte à la remettre en question, piétinant les traités signés et ses alliances stratégiques.
Oui, le pire est que Vladimir Poutine lance son offensive alors que Donald Trump est président des États-Unis d’Amérique. Ou plutôt, qu’il passe de la menace à l’action, précisément au moment où il n’a en face de lui qu’un Donald Trump.

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