Soudan. Trois jours de carnage dans le camp de Zamzam
L’ONU dévoile l’horreur d’un massacre organisé par les FSR dans un camp de réfugiés
Trois jours d’horreur, plus de 1 000 civils ont été tués, et des milliers d’autres ont été victimes de viols, tortures et enlèvements par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) dans le camp de déplacés de Zamzam, au Soudan, en avril dernier. L’ampleur de ces violences est révélée dans un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).
Une opération paramilitaire contre des civils
Parmi les victimes, 319 personnes ont été sommairement exécutées, soit à l’intérieur du camp, soit alors qu’elles tentaient de fuir. Les exécutions ont eu lieu dans les habitations, sur le marché principal, dans des écoles, des structures de santé et des mosquées. Selon l’ONU, plus de 400 000 habitants du camp ont été contraints à un nouveau déplacement forcé.
« Le fait de tuer délibérément des civils ou des personnes hors de combat peut constituer un crime de guerre », rappelle le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, qui appelle à des enquêtes indépendantes et à des poursuites judiciaires.
Des exécutions organisées, publiques
Le rapport repose sur 155 témoignages recueillis en juillet 2025 auprès de survivants et de témoins réfugiés dans l’est du Tchad. Ils décrivent des détentions arbitraires, des tortures et des exécutions ciblées, en particulier contre de jeunes hommes et femmes déplacés. De nombreux civils auraient été tués devant leurs proches, dans une logique assumée d’intimidation collective.
Un chef communautaire raconte comment des combattants des FSR ont tiré à travers les fenêtres de la pièce où il se cachait avec dix autres hommes, abattant huit d’entre eux sans distinction.
Zamzam après l’attaque : un camp fantôme
Une femme revenue sur place le lendemain pour chercher son fils de 15 ans disparu décrit un camp vidé de ses habitants : des cadavres jonchant les routes, des animaux errant seuls, aucune présence humaine organisée. Son fils demeure introuvable. Le rapport suggère que de nombreuses personnes portées disparues pourraient avoir été exécutées ou enlevées.
Le viol utilisé comme instrument de terreur
L’enquête documente au moins 104 cas de violences sexuelles liées au conflit, touchant majoritairement des femmes et des mineures, pour la plupart issues de l’ethnie Zaghawa. Viols individuels et collectifs, esclavage sexuel : les abus sont décrits comme systématiques. Les agresseurs sont identifiés comme des hommes en uniforme des FSR ou des combattants affiliés. Les zones sous contrôle paramilitaire apparaissent comme les plus dangereuses.
Pour l’ONU, ces violences ne relèvent pas de dérives individuelles mais d’une stratégie visant à terroriser et à briser durablement les communautés.
Un camp affamé avant d’être attaqué
Les FSR avaient, dans les mois précédant l’assaut, imposé un blocus quasi total du camp de Zamzam. Toute tentative d’acheminement de nourriture ou d’aide humanitaire était attaquée. Le rapport évoque l’exécution d’au moins 26 personnes le long de l’axe reliant Zamzam à Tawila, afin de dissuader tout ravitaillement. Des familles ont survécu en nourrissant leurs enfants avec des aliments destinés au bétail.
Une impunité documentée
Pour le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, ces faits s’inscrivent dans une série d’atrocités déjà documentées ailleurs au Darfour, notamment lors de la prise d’El Fasher. Il dénonce une répétition de crimes commis sans aucune sanction. L’ONU appelle à des mesures concrètes pour interrompre les flux d’armes alimentant le conflit et à une mobilisation internationale renforcée.
Prévenir un nouveau cycle d’atrocités
En mission régionale mi-décembre, le Conseiller spécial de l’ONU pour la prévention du génocide a confirmé que les Forces de soutien rapide comme les Forces armées soudanaises et leurs alliés respectifs se rendent coupables de violations graves et systématiques du droit international humanitaire.
Il réclame un cessez-le-feu immédiat, un accès humanitaire sans entrave et la démilitarisation des zones urbaines, avertissant que de nouvelles atrocités de masse restent imminentes si rien n’est fait.
Encadré
FSR : une force paramilitaire héritière des janjawids

Les Forces de soutien rapide (FSR) sont un groupe paramilitaire soudanais issu des milices janjawids, responsables des crimes de masse au Darfour dans les années 2000. Créées officiellement en 2013, elles ont d’abord servi de bras armé au régime d’Omar el-Béchir avant de s’émanciper.
Dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemetti », les FSR disposent de milliers d’hommes, d’armes lourdes et de ressources propres, notamment issues du contrôle de routes, de trafics et de sites aurifères.
Depuis le début de la guerre contre l’armée soudanaise en avril 2023, elles sont accusées par l’ONU et les ONG de mener une stratégie de terreur contre les civils, particulièrement au Darfour : exécutions sommaires, violences sexuelles, déplacements forcés et sièges humanitaires.
Les crimes documentés à Zamzam s’inscrivent dans ce mode opératoire.

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