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Trump abandonne l’aide à l’Afrique pour la remplacer par le deal commercial

publié le 25/06/2026 par Jean Paul de Gaudemar

Ce « colonialisme transactionnel « transforme le continent africainen champ de bataille stratégique entre Washington et Pékin

Photo Illustration – Grand Continent

On sait que l’un des premiers gestes géopolitiques de Trump, au début de son second mandat, fut la dissolution de l’USAID, la puissante agence d’aide au développement dont de nombreux pays africains dépendaient, notamment dans le domaine de la santé et de l’alimentation.
C’est donc une page tournée en matière d’aide au développement par les États-Unis, non seulement sur le plan financier, mais plus fondamentalement dans la conception même des relations entre ce pays et les autres pays du monde, quel que soit leur niveau de développement.

MAGA, nouvelle doctrine des relations extérieures

La doctrine MAGA (Make America Great Again) trouve désormais son parfait exemple stratégique en énonçant un principe simple : renforcer davantage les États-Unis en développant leurs intérêts stratégiques, plutôt que de contribuer au développement des pays partenaires.
La disparition de l’USAID est donc le résultat d’un acte politique délibéré, et c’est désormais la US Development Finance Corporation (DFC) qui joue le rôle principal dans la mise en œuvre de cette nouvelle stratégie.
Sa méthode : ne soutenir que des projets qui correspondent aux intérêts stratégiques des États-Unis et qui sont financièrement rentables.
Nous ne sommes plus seulement dans le « je veux récupérer mon argent », mais dans la recherche d’un retour sur investissement élevé.

Colonialisme « transactionnel » assumé

Les États-Unis suivent une logique coloniale envers les pays en développement, en utilisant leur pouvoir pour imposer leurs objectifs sur telle ou telle matière première.
La forme de cette domination sera différente de celle du colonialisme ordinaire utilisant la puissance militaire, ou du néocolonialisme de type chinois utilisant avant tout la puissance financière.

Des « accords » plutôt que de l’aide

Elle fonctionnera sous la forme des « accords » chers à Donald Trump, c’est-à-dire un investissement qui ne vaut que par sa rentabilité espérée.
La notion d’« aide », ou même de « prêt remboursable », est remplacée par un investissement rentable, lieu d’une transaction dont seuls les États-Unis bénéficieront en réalité, même si, en théorie, leur partenaire pourrait aussi en bénéficier.

L’Afrique comme terrain privilégié

Pour l’Afrique, cela est d’autant plus évident que les États-Unis ciblent des matériaux critiques et des hydrocarbures sur le continent.
Ce qu’ils paieront au pays concerné sera le prix du pillage, mais la valeur ajoutée par la transformation des produits est destinée à constituer ce retour sur investissement.
Par le passé, les États-Unis accordaient déjà de l’« aide » au développement de manière à ce que seuls les acteurs américains en bénéficient, par exemple en faisant réaliser des travaux uniquement par des entreprises américaines.
Mais ce colonialisme transactionnel va plus loin puisqu’il exclut en principe toute notion d’aide ou de soutien au développement qui ne générerait pas de profit pour l’investisseur américain.

DFC : nouvel outil stratégique

La DFC est donc l’outil forgé pour répondre aux besoins de cette nouvelle stratégie.
Même si elle inclut encore le mot « développement » dans son titre, elle n’est guère destinée à se concentrer sur le développement des pays dans lesquels elle opère.

De l’USAID à la DFC

Créée en 2019, lors du premier mandat de Donald Trump, qui remettait déjà en question l’USAID, elle a été mise en pause sous Biden, puis vigoureusement relancée, notamment sur les matériaux critiques.
Trump est engagé dans un double combat : sécuriser l’approvisionnement de son pays en matériaux essentiels (cuivre, cobalt, « terres rares ») et lutter contre la domination chinoise dans ce domaine.

Réindustrialisation contre hégémonie chinoise

La Chine domine encore largement ce marché, non seulement en termes d’extraction, mais surtout en matière de raffinage pour un usage industriel.
Comme le rappelle le rapport Beaune (Haut-Commissariat à la Planification – février 2026), en trente ans, la Chine est passée de 6% de la production industrielle mondiale à 35%, tandis que les États-Unis et l’Europe régressent fortement.
Pour ces deux puissances, la réindustrialisation est donc une nécessité vitale.
Le colonialisme transactionnel fait partie, avec les droits de douane, de la boîte à outils mise en place par Trump dans cette double perspective de réindustrialisation et de lutte contre l’hégémonie chinoise.

Guerre des corridors

L’une des premières interventions importantes de la DFC a eu lieu en Angola et en RDC, dans le « corridor de Lobito ».
Il s’agit du corridor ferroviaire destiné à transporter des minéraux du Katanga (RDC) et de Zambie vers le port angolais de Lobito, puis vers les États-Unis via l’Atlantique.

Lobito, axe minéral transatlantique

Les enjeux sont colossaux, la DFC semblant prête à investir jusqu’à un milliard de dollars, aux côtés de la Banque mondiale et de la BEI, signe d’une réaction conjointe des puissances occidentales.
Le chemin de fer est déjà en place en Angola, mais les sections congolaise et zambienne manquent toujours.
La transaction apportera un loyer (le prix du pillage) à ces deux pays, mais l’objectif est de générer un investissement américain doublement rentable : en termes de chaîne de valeur (raffinage, usage industriel) et en assouplissant la contrainte hégémonique chinoise.

RDC : paix de façade, minerais bien réels

D’où l’intérêt manifesté par Trump en RDC pour un faux processus de paix dans l’est du pays.
Peu importe, pour lui, que la guerre entre la RDC et le Rwanda et ses alliés du M23 soit ou non terminée, dès lors qu’il peut « traiter » avec Tshisekedi pour le coltan à l’est et le cobalt au sud.
À l’autre extrémité du corridor, la Chine mène des négociations similaires avec la Zambie et la Tanzanie pour transporter les mêmes minéraux vers le port de Dar es Salaam.

Deux néocolonialismes face à face

Deux formes de néocolonialisme se confrontent donc.
Aucune, pour l’instant, n’a déployé d’armes ou de troupes, ni tenté d’obtenir le pouvoir politique.
Mais du côté chinois, le « soft power » s’est transformé en « hard power » en raison des contraintes financières et de la dépendance qui en résulte, et du côté américain, l’investissement stratégique « transactionnel » conduit à un résultat comparable.

États africains en position de faiblesse

Ces deux pays, qui se targuent de ne jamais avoir colonisé l’Afrique, le font désormais de manière plus assumée, car, à quelques exceptions près, les pays concernés ne savent pas ou ne veulent pas vraiment s’y opposer.
Nous connaissons les causes de cette impuissance : faiblesse politique, manque de vision stratégique, lourde dette et corruption systémique.
Tant que cela sera le cas, le colonialisme transactionnel de Trump peut en faire son miel pendant longtemps.

Vous pouvez trouver cette chronique, en français, en vous abonnant gratuitement sur « jeanpauldegaudemar.substack.com ».

À lire aussi :
Jean-Paul de Gaudemar : Au cœur de la nouvelle guerre froide, l’Afrique – Éditions L’Harmattan – 350 p. – septembre 2025.

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