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Trump et l’Afrique: America first!

publié le 17/05/2025 par Jean Paul de Gaudemar

Washington s’active au Kivu, à l’est du Congo. Objectif : sécuriser les minerais stratégiques.

Washington reprend la main

Le 25 avril dernier, c’est Marco Rubio, le Secrétaire d’État américain, que l’on retrouve à Washington, entouré des deux ministres des Affaires étrangères congolais et rwandais, pour annoncer la signature prochaine d’un accord entre les deux parties au sujet du conflit au Kivu. Le relais n’est pas vraiment inattendu. Certes, après les médiations infructueuses suscitées par l’Union africaine, de l’Angola puis du Togo, le Qatar a su remettre à la même table Félix Tshisekedi, le président congolais, et Paul Kagamé, le président rwandais.

Un mois plus tôt, en effet, le 18 mars, l’émir Al-Thani avait su s’imposer face à deux présidents qui ne pouvaient guère lui refuser quoi que ce soit, étant donnés les investissements du Qatar dans leurs pays respectifs. Mais en « back office », les Américains étaient déjà à la manœuvre, tant le Kivu regorge de minerais stratégiques. La récente visite à Kinshasa de Massad Boulos, le conseiller Afrique de Trump – un homme d’affaires né au Liban, lié au président américain par des liens familiaux – en atteste.

L’image d’une Amérique triomphante à Doha

À Doha, les discussions s’étaient poursuivies avec un tour de table élargi, remettant les États-Unis au centre du jeu, jusqu’à cette image presque triomphante de Marco Rubio reprenant la main sur le Qatar, allié fidèle. Le projet d’accord annoncé – et désormais attendu par Washington, y compris comme preuve de son habileté diplomatique – comporte deux points principaux.

Le premier énonce le principe de non-ingérence réciproque. Clause évidente si la fin du conflit est souhaitée, puisqu’il signifie clairement que le Rwanda renoncera au soutien du M23, et que réciproquement, la RDC ne soutiendra plus les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé en grande partie d’anciens génocidaires.

Une priorité : l’exploitation des ressources naturelles

Le second point est plus flou. Il évoque en effet la possibilité de faire de la zone de conflit (probablement tout ou partie du Kivu) une zone économique spéciale, dans laquelle des « partenariats » transparents permettraient des coopérations inédites avec des sociétés privées. Bref, une zone de libre-échange et de co-gestion public-privé dont on voit encore mal les contours, mais dont on devine qu’elle constituera une aubaine pour nombre de sociétés privées, notamment pour l’exploitation des ressources naturelles du pays, y compris l’hydroélectricité et la gestion des parcs. En tête de telles sociétés, Trump et Rubio verraient bien les entreprises américaines. D’où l’intérêt majeur qu’ils portent désormais à la conclusion d’un tel accord.

L’ouverture ainsi faite par Tshisekedi est très large, tant le flou est grand quant à ce sur quoi elle débouchera. De là, la protestation exprimée non seulement par l’opposition congolaise, mais également par une partie de l’élite de la société civile, dénonçant le risque de voir le Kivu concédé de fait à des sociétés étrangères, et à une exploitation abusive amputant la RDC d’une partie de son territoire. Il ne s’agit certes que d’un pré-accord dont rien n’indique encore qu’il débouchera positivement, mais à travers lui, il est difficile de ne pas voir où va la priorité des parties – et des États-Unis : celle de l’exploitation des ressources naturelles !

L’Afrique, un marché comme un autre ?

Les millions de réfugiés concernés devront attendre un peu pour connaître leur sort, et savoir qui assurera leur sécurité… Trump a pu ainsi faire semblant de se désintéresser de l’Afrique. Mais en réalité, il est prêt à y « dealer », là comme ailleurs, surtout si un profit quelconque est à portée de main. America First !


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