Trump : le président hors-la-loi
En s’attaquant à la justice internationale, outré par le Prix Nobel, Donald Trump veut imposer sa propre conception du pouvoir, aux Etats-Unis et dans le monde : sans autre loi que la sienne
C’est une question qu’un psychiatre aurait pu poser à un mégalomane délirant pour en évaluer la gravité. Celle qu’un journaliste du New York Times a posée à Donald Trump : « Y a-t-il des limites à votre pouvoir ? » Et le président a répondu : « Oui, il y a une chose. Ma propre morale. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter. » Quand on connaît l’état délabré de la morale et la faiblesse de l’esprit de Trump, cela donne une idée de sa capacité de retenue, quasi nulle.
Trump ne reconnaît que sa loi ; pas la loi, pas les lois, et encore moins les tribunaux. Et surtout pas les tribunaux internationaux comme la CPI (Cour pénale internationale). Dès son premier mandat, il avait signé un décret autorisant des sanctions financières et des restrictions d’entrée contre des hauts fonctionnaires de la CPI, qualifiée « d’illégitime » par la Maison-Blanche. Sanctions levées en 2021 dès l’arrivée de Joe Biden. Mais sanctions reprises et durcies en 2025 par Trump revenu au pouvoir.
Les États-Unis, comme Israël, n’ont pas adhéré à la CPI. L’obsession est d’empêcher qu’une instance internationale puisse inculper des soldats américains notamment pour des crimes commis en Afghanistan, en Irak ou ailleurs. Un tribunal qui a osé accuser le protégé de Trump, Benjamin Netanyahou, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à Gaza.
Alors, ce 9 octobre 2026, quand le prix Nobel de la paix est décerné à la Sud-Africaine Navi Pillay, Donald Trump voit rouge. D’abord, le prix Nobel. Il lui revient, de droit ! Comme le Groenland, l’argent du pétrole, le nom de l’aéroport de Miami ou la femme du voisin. Cela se comprend, vu ses succès historiques pour la paix en Ukraine, à Gaza ou en Iran, non ? Et puis, quiconque sauf Navi Pillay ! 85 ans, Sud-Africaine d’origine indienne, militante contre l’apartheid, a présidé une commission d’enquête internationale sur les territoires palestiniens et conclut qu’Israël a commis un génocide par famine organisée, meurtres, persécution et autres crimes inhumains.
À la tribune du Nobel, elle déclare : « Nous traversons une époque où le droit international et les droits humains font l’objet d’attaques politiques importantes. » Le président du Nobel ne cache pas qu’il s’agit d’un message adressé à ceux qui font pression sur les institutions judiciaires et sanctionnent les juges.
À Washington et Jérusalem, le message déchaîne la fureur. La CPI est « un tribunal voyou », clame le secrétaire d’État Marco Rubio. De quoi légitimer « la haine anti-Israël », forcément antisémite, affirme le ministre israélien des Affaires étrangères qui va jusqu’à affirmer que Joseph Goebbels le nazi doit « applaudir en enfer ». Tout en nuances, Trump parle d’une « décision honteuse et embarrassante » et d’une « tache indélébile pour la Norvège ».
Plus grave, le même jour, ce 9 octobre, Trump s’en prend directement, non plus à des responsables de la CPI, mais à l’institution elle-même, en décrétant des sanctions sur ses avoirs, les banques, les assureurs, les logiciels, bref, de quoi limiter et paralyser les actions du tribunal.
La loi, c’est lui. Aux États-Unis comme à l’international. Quand le résultat d’une élection présidentielle ne lui convient pas, il fait prendre d’assaut le Capitole. Quand il est réélu, il amnistie tous les condamnés de cette tentative de putsch en plein Washington. Quand il a besoin de faire baisser le prix du carburant à la pompe pour gagner les midterms, il passe un deal sur le diesel russe avec Poutine au mépris d’une interdiction légale de 2022.
Et quand il veut montrer sa force, il décrète qu’un condamné à mort, Nidal Hasan, ex-psychiatre militaire auteur d’une fusillade mortelle sur la base de Fort Hood, sera fusillé, en direct, face caméra, façon djihadiste, pour satisfaire la populace. Au point que sénateurs républicains et démocrates s’étranglent d’indignation : « L’Amérique vaut mieux que ça. »
Oui, l’Amérique vaut mieux mais il reste à le prouver aux prochaines élections, et à ne plus confier le pays à un délirant, fou d’argent, de pouvoir, de toute-puissance, et qui piétine tout le reste : un hors-la-loi.
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