Trump-Méloni : divorce à l’italo-américaine
Scène de ménage ou vaudeville ? Trump humilie sa favorite italienne, qui, folle de rage, le défie ouvertement. En coulisses, le refus italien de le soutenir contre l’Iran
Scène de ménage. L’idylle tourne court
Est-ce une scène de ménage ou les prémisses d’une vraie séparation ? Un vaudeville ou une crise diplomatique ? Jusqu’ici tout allait bien ou presque entre la Maison-Blanche et le palais Chigi. Donald Trump aime les blondes si l’on en juge par les péripéties de sa vie privée. Il apprécie le populisme de l’extrême droite européenne suffisamment proche de ses propres délires. Et il adore les flatteries. Il avait donc trouvé en Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien, comme un condensé de toutes ces qualités. Elle minaudait sous le regard attendri et protecteur d’un président des États-Unis heureux de trouver une vraie amie chez ces Européens mesquins et velléitaire.
Patatras ! Tout s’écroule. Encore un rêve brisé pour le maître du monde. Après des Iraniens beaucoup plus malins que prévu, des Israéliens beaucoup plus têtus que convenu, des Russes bien moins costauds qu’attendu, voilà des Italiens chagrins.
Du pape Léon XIV à l’Iran, un conflit de valeurs
L’affrontement pourrait paraître inégal entre un vieux et lourd mâle dominant de 80 ans, 1,90 m et 120 kg – il a beaucoup grossi –, qui se prend pour le maître du monde, et une petite femme d’1,63 m à la tête de la 8ᵉ puissance mondiale. Erreur. Car si Donald affectionne les vannes méprisantes, Giorgia a de la répartie. Voir l’affaire du pape. En pleine guerre du Moyen-Orient, Léon XIV, lors d’une veillée de prière pour la paix, un samedi, à la basilique Saint-Pierre, lance : « Assez de l’idolâtrie du moi et de l’argent ! Assez de démonstrations de force ! » En gros : à bas la guerre au Moyen-Orient !
Donald, défié par cet évêque de Rome pourtant américain, s’offusque. Il fustige ce Saint-Pontife qui « fait joujou avec un pays qui souhaite se doter de l’arme nucléaire (l’Iran) ». Il ajoute que le chef de l’Église catholique « ne croit pas à la lutte contre la criminalité » et le juge « faible ».
Guerre d’ego
Giorgia, elle, estime « inacceptables » les paroles du président Trump, tout en lui rappelant, non sans condescendance, que le Saint-Père est un leader spirituel et pas un homme politique, qu’il ne peut que prêcher la paix. Jolie réplique que même son opposition apprécie. En bonne catholique, elle marque sa fidélité à son Église ; en habile politique, elle soigne sa popularité dans son pays. Donald, lui, est profondément dépité. Dans une interview au quotidien « Il Corriere della Sera », il rétorque que c’est elle qui est « inacceptable ». Ce n’est plus « l’amie », « la grande leader », seule dirigeante européenne invitée à son investiture. La favorite est en disgrâce.
Bases aériennes interdites
Car le plus grave pour le locataire de la Maison-Blanche, c’est que l’Italienne se refuse à le soutenir dans son offensive au Moyen-Orient. « Je pensais qu’elle avait du courage, je me suis trompé », avoue faussement penaud le « commander-in-chief », qui n’oublie pas que l’Italie a refusé l’accès de ses bases aériennes à l’US Air Force pour ravitailler les forces du Golfe persique et Israël.
Selfie au G7 : l’étincelle de trop
Giorgia ne réagit pas, se contente de rappeler que l’Italie est et restera une solide alliée des États-Unis. Elle demande aux membres de son gouvernement de ne plus commenter les propos du président américain. On croit l’histoire terminée. Le rabibochage prévu. La scène de ménage va reprendre de plus belle. Parce que Donald ne peut pas résister à l’humiliation de ceux qui lui résistent. Le 19 juin, il raconte à la chaîne LA7 que Meloni l’aurait « supplié encore et encore » de prendre un selfie avec lui au sommet du G7 à Évian. « Je ne l’aurais pas fait, mais j’ai eu pitié d’elle », confie-t-il.
Meloni folle de rage
Cette fois, Giorgia est folle de rage. Elle joue le désarroi, puis la colère. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, elle explique : « Ce ne sont que des inventions. Je suis sidérée. Qu’on le sache : ni moi ni l’Italie ne supplions jamais. » Venimeux, le 22, Donald en rajoute : la leader italienne aurait tenté de se rapprocher de lui pour améliorer sa cote de popularité.
Quand Rome tient tête à Washington
Le président américain paraît ignorer que les opinions européennes ne lui sont pas vraiment favorables en Italie comme ailleurs. D’ailleurs, Giorgia lui répond vertement qu’il ferait mieux de s’occuper de sa propre popularité. Et Antonio Tajani, ministre italien des Affaires étrangères, devant les propos « graves et offensants » de Donald Trump, annule sa visite aux États-Unis. Un cauchemar diplomatique pour une très révélatrice bataille d’ego.
L’art de se fâcher avec ses alliés
L’art de Donald de se fâcher avec ses alliés, y compris les plus proches idéologiquement, est à son sommet. Et pour Giorgia, le plaisir est entier de se montrer, elle, faible femme, plus courageuse que les autres dirigeants européens, toujours prêts à multiplier les courbettes devant le président américain.
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