Trump ou le syndrome des dictateurs
Le problème Trump n’est pas l’excès, mais le principe : celui du chef qui se croit au-dessus des lois, traite les alliances comme des chaînes et les États comme des prises. Le vieux logiciel des dictateurs
Qui est exactement Donald Trump ? Une énorme baudruche, un fol échevelé, un clown fou, un Narcisse fait roi ou de la graine puissante de dictateur ?
Quand le président des États-Unis se livre, il faut l’écouter attentivement, comme l’ont fait les journalistes du New York Times durant une longue interview. Le résultat est édifiant, clair comme un diamant noir, et renvoie immédiatement à d’autres personnages historiques.
Richard Nixon. Trump est convaincu que la loi est subordonnée à sa volonté personnelle. Nixon, responsable du Watergate, disait en 1977 : « Quand le président le fait, cela signifie que ce n’est pas illégal. » Trump confirme que les frontières ne sont pas pour lui : « Ma propre morale. Ma propre conscience. C’est la seule chose qui puisse m’arrêter. » L’action présidentielle tire sa légitimité de la fonction elle-même. La légalité ne précède pas l’acte, elle en découle.
Vladimir Poutine. Trump le dit clairement : « je n’ai pas besoin du droit international. » On croit lire mot pour mot une déclaration du maître du Kremlin. La même logique de souveraineté brute, la même hiérarchie entre puissances dominantes et États vassalisés.
Léopold II. Le roi de Belgique ne parlait pas de souveraineté congolaise mais de « Son » Congo. Sur le Groenland, Trump ne parle pas de partenariat mais de possession pure et simple : « la propriété est primordiale. »
Napoléon Bonaparte. L’empereur pensait que ses victoires allaient créer un nouvel ordre européen durable. Trump affirme : « les précédents ne m’inquiètent pas. » La force redessine les règles, la certitude de l’efficacité personnelle fait fi du risque systémique.
Nota bene : on pourrait aussi y voir une conviction gaullienne quand il dit, à propos de Xi Jinping et de Taïwan : « tant que je suis président, il n’osera pas. » Il y a certes une même croyance en soi, mais la différence radicale avec le Général, qui n’est pas un dictateur, est que celui-ci inscrivait cette certitude dans un cadre institutionnel fort. Le contraire de Trump.
Silvio Berlusconi. Là, on parle profit, richesse, gros sous. C’est la république de l’argent-roi. Silvio Berlusconi considérait l’Italie comme une entreprise commerciale mal administrée ; Trump voit l’État comme un objet de valorisation. Au dictionnaire des prédateurs, le vocabulaire institutionnel cède la place au jargon économique. Sur le Venezuela : « nous allons reconstruire le pays de manière très rentable. » L’argent supplante l’État.
Benito Mussolini. Peut-être déjà l’allure, ce côté bouffon du Duce, les poings sur les hanches, face à la lippe grotesque, lèvres en chou-fleur, de Donald. Avec le même mépris affiché pour des alliances perçues comme des contraintes, la même rhétorique de domination virile, le même rejet des équilibres multilatéraux au profit d’entités jugées faibles et parasites. Mussolini parlait des nations « décadentes » ; Trump dit que « l’Europe doit se ressaisir. L’OTAN est inutile sans nous ».
Chez tous ces dirigeants, il ne s’agit pas de simples pathologies individuelles ou de dérapages, mais d’une constante historique : la conviction que la volonté personnelle du chef peut se substituer à la loi, qu’il peut prendre ce qu’il veut. Ce n’est pas un syndrome psychologique, mais un type historique de pouvoir. Celui des vrais dictateurs.

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