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Trump, Poutine, Netanyahou : les colosses aux pieds d’argile

publié le 18/06/2026 par Jean-Paul Mari

Les trois “hommes forts” annonçaient vouloir frapper fort et bousculer le monde à coups de victoires décisives … en réalité, ils piétinent sur tous les fronts, laissant derrière eux un monde chaotique.

Il avait promis de renvoyer l’Iran à l’âge de pierre. L’Armageddon d’une civilisation, l’Apocalypse selon Saint Donald, ne laissant aux mollahs que leurs turbans pour se pendre. Trois mois plus tard, les murailles de Téhéran‑Babylone sont toujours debout, tenues par les mêmes obscurs religieux à la tête d’un million de combattants et de 3 000 missiles. Sans rien céder sur le nucléaire après avoir fermé le détroit d’Ormuz, cordon ombilical mondial, ouvert et gratuit avant le début des hostilités. Quant au peuple iranien, il est au mieux silencieux et désespéré, au pire solidaire d’un régime face à l’agression étrangère. Trump, lui, toujours en jambes, promet au petit‑déjeuner de nouvelles frappes dévastatrices et les annule au goûter.

Pour conclure avec un accord piteux dont Téhéran sort objectivement vainqueur. Le même avait promis de mettre fin à la guerre en Ukraine en 24 h, prix Nobel de la paix compris. Un an et demi plus tard, la guerre fait toujours rage. L’homme, pourtant tout en nuances, n’a pas encore compris la différence entre le MMA, sa passion, et la géopolitique de la guerre.

Les tarifs douaniers, son arme de dissuasion massive, ont fait eux aussi pschitt quand la Cour suprême en a annulé la plus grande partie. Donald, vendeur immobilier de talent, avait aussi affirmé réduire le déficit fédéral. Il atteint 1 600 milliards de dollars, 5,1 % du PIB, et promet de se creuser de 3 800 milliards de plus avec sa réforme fiscale. Surprise, même les Américains, un brin bornés, sont douchés. Dans les sept États pivots qui lui ont assuré la victoire, son taux d’approbation a plongé de moins 17 %. Et Trump lui‑même a reconnu que les républicains pouvaient perdre les midterms de novembre 2027. Amazing Guy !

L’autre puissant de la planète, cocktail de tsar et de Staline, Vladimir Poutine, est, lui, passionné de judo. Sauf que sa charge frontale sur l’Ukraine de février 2022 n’a pas abouti à l’ippon espéré. En un an, la Russie n’a conquis qu’un pour cent du territoire ukrainien, au prix effroyable de 30 000 combattants par mois, jetés dans le broyeur de la chair à canon. Pire, depuis deux mois l’armée russe recule, juste un peu certes, mais elle recule, c’est nouveau.

Un triple échec militaire, économique et stratégique. Pénuries de main‑d’œuvre, inflation galopante, recettes pétrolières fortement amputées, Moscou consacre désormais 250 milliards d’euros à la guerre, soit la moitié du budget réel de l’État, 10 % du PIB. Des missiles frappent Moscou et Saint‑Pétersbourg. Les Russes font grise mine et doutent. Quant à l’homme de fer, on le dit de plus en plus oxydé par la paranoïa sur sa propre sécurité.

Au soleil mais à l’ombre des géants, Benyamin Netanyahou a cru qu’il pouvait rafler la mise au Moyen‑Orient. Gaza écrasée, la Cisjordanie en cours de nettoyage ethnique, l’Iran – son obsession – sous les bombes, le Liban vassalisé… qui pouvait arrêter la marche militaire triomphante qui l’éloignait de la prison où il aurait dû croupir pour corruption majeure ? L’affaire n’a pas bien commencé avec les 251 otages du 7 octobre 2023, dont 82 sont morts en captivité. Netanyahou ayant finalement déclaré que « l’objectif suprême est la victoire sur nos ennemis, et non le retour des otages ».

Il allait d’ailleurs éradiquer le Hamas. Plus de 70 000 morts palestiniens et 60 000 réservistes mobilisés n’ont pas suffi, le Hamas reste une force à Gaza et même les militaires ne croient plus à sa destruction totale. Bon, alors frappons le Hezbollah au Liban. Deux ans de guerre et deux cessez‑le‑feu de papier plus tard, Netanyahou lui‑même concède que « l’objectif ne sera pas atteint demain ».

La Bérézina est avant tout géopolitique. La CPI a émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité et le suspect doit éviter certains voyages. À l’ONU, en septembre 2025, 100 délégués de 50 pays ont boycotté son discours et l’image d’Israël, d’éternelle victime, est désormais celle du bourreau. Quant à l’intelligence stratégique, en misant tout sur Donald le versatile, Israël a pris le risque, en cas de deal soudain à la Trump avec l’Iran, de se retrouver seule, en suspension, face à son ennemi mortel et non désarmé. Une perspective qui plonge le pays dans un profond désarroi.

Trump, Poutine, Netanyahou, concédons à ces trois hommes forts, moins efficaces que bruyants, un succès indiscutable : ils ont réussi à plonger le monde dans le chaos.


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