Une procureure militaire chute, Netanyahou attaque la justice, Israël se fracture…
Le pays est-il désormais gouverné par les « assassins » de Rabin ? La chute de la procureure générale militaire, prise dans l’affaire Sde Teiman, révèle une offensive politique contre l’indépendance judiciaire
Une tentative de suicide qui déclenche une tempête
Une femme erre, hagarde, sur une plage de Tel-Aviv après une tentative de suicide… Elle n’est rien moins Yifat Tomer-Yerushalmi, 51 ans, procureure générale militaire. En quelques heures, elle va devenir la cible de la « machine à poison » – ce système d’attaques et fake news diffusées par les partisans de Netanyahou sur les réseaux sociaux.
.Ses détracteurs l’accusent d’avoir voulu faire disparaître son téléphone portable, retrouvé cinq jours plus tard dans la mer par une baigneuse. L’appareil fonctionne toujours ! Tomer-Yerushalmi en a livré les codes avant d’être hospitalisée suite à une deuxième tentative de suicide.
Contraste : au même moment, Jonatan Urich, conseiller de Netanyahou, soupçonné d’avoir travaillé pour le Qatar, refusait toujours l’accès à ses téléphones – que la justice vient pourtant de lui restituer, alors que l’enquête le concernant n’est pas close.
Le point de départ : les violences du camp de Sde Teiman
La spirale commence début juillet 2024. Cinq réservistes brutalisent un détenu palestinien pendant quinze minutes dans le camp de Sde Teiman. Les images de vidéosurveillance provoquent leur arrestation.
La réaction de l’extrême droite est immédiate : le 29 juillet, des dizaines de militants, escortés de cinq députés, tentent de pénétrer dans le camp pour libérer les soldats. Leur échec déclenche une campagne de menaces visant les procureurs militaires.
Pour protéger son équipe, Tomer-Yerushalmi autorise la diffusion, sur la chaîne 12, de cinq secondes d’extraits vidéo – avec l’accord de la censure militaire. En Israël, la pratique n’est pas inédite.
Mais la procureure commet une erreur : elle retarde l’enquête interne sur la fuite et n’informe ni la Cour suprême ni la conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara. Le détecteur de mensonge imposé à une membre de son équipe expose les dissimulations et fait exploser l’affaire. L’épisode donne au gouvernement l’occasion qu’il attendait
Une brèche politique exploitée par Netanyahou
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Pour l’enquête sur la fuite, le ministre de la Justice tente d’imposer un juge. Le contrôleur général de la police s’y oppose ; la Cour suprême doit trancher. Fragilisée par le scandale Tomer-Yerushalmi, elle recule et valide, pour la première fois, un juge choisi directement par l’exécutif – contre l’avis de Baharav-Miara.
Un précédent majeur dans un système sans Constitution, où les conseillers juridiques, nommés par la Cour suprême, servent de derniers remparts contre l’arbitraire.
Depuis des mois, la coalition sape leur autorité : serrures changées dans les bureaux de Baharav-Miara, absence volontaire du président de la Cour suprême lors de la visite de Donald Trump, non-invitation aux réunions ministérielles, omission répétée de son titre officiel.
En parallèle, des projets de loi prévoient de placer les conseillers juridiques sous contrôle direct du gouvernement et de supprimer leurs pouvoirs suspensifs.
La commission sur le 7 octobre confisquée
Profitant de la reculade de la Cour suprême, le gouvernement retire à cette dernière la possibilité de créer une commission d’enquête d’État indépendante sur les massacres du 7 octobre, pour laquelle plus de 70 % des Israéliens étaient pourtant favorables. La coalition nommera sa propre commission, composée de juges désignés par elle.
Un pays fracturé jusque dans la mémoire Rabin
Cette crise institutionnelle se déroule sur fond de tensions persistantes. Ni la pause des hostilités à Gaza ni la libération d’otages n’ont apaisé les divisions.
La commémoration du 30ᵉ anniversaire de l’assassinat d’Itzhak Rabin l’a mis en lumière : seule la frange démocratique et libérale a participé.
Pour beaucoup, le pays est désormais dirigé par ceux qui avaient nourri la haine contre Rabin. Les appels à l’unité lancés à cette occasion n’ont pas été suivis d’effet par Netanyahou et ses alliés.

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