USA. Tom Homan, la terreur des immigrés clandestins
Le « tsar des frontières », comme l’a surnommé Trump, mène une politique de répression et d’expulsion féroce
Un homme que Trump aime beaucoup pour sa « méchanceté »
Donald Trump l’aime beaucoup et ce qu’il préfère chez lui, dit-il, c’est sa « méchanceté ». C’est vrai que Tom Homan n’a rien d’un gentil. Gros, grand, visage massif, expression peu aimable, le « tsar des frontières », comme l’a qualifié le président des États-Unis, n’est pas là pour mener sa mission avec la moindre humanité. Il s’agit d’expulser les 11 millions d’immigrés illégaux qui vivent aux États-Unis. Lourde tâche qui provoque de nombreux troubles dans les grandes villes américaines.
Tom Douglas Homan a 64 ans. Il est né dans une famille catholique de huit enfants, dans l’État de New York. Son père et son grand-père étaient déjà policiers. Tout naturellement, lui aussi entre dans les forces de police. Il a 21 ans. Mais, déjà, la lutte contre l’immigration l’intéresse vivement.
Une carrière entière consacrée au contrôle migratoire
L’année suivante, il intègre l’US Immigration and Naturalization Service, l’organisme alors chargé de la surveillance des frontières. Il va y gravir tranquillement les échelons : agent patrouilleur à la frontière, enquêteur, superviseur. Il quitte l’État de New York et gagne le Texas, l’Arizona, la Californie, où il sévit en uniforme.
Il est nommé directeur adjoint du service chargé de la chasse aux immigrés en situation irrégulière. L’ex-policier new-yorkais a déjà une idée particulièrement déplaisante : séparer les enfants immigrés de leurs parents pour dissuader les familles de traverser illégalement les frontières. Tom Homan est lui-même père de quatre enfants…
En 2015, il est distingué comme haut fonctionnaire particulièrement efficace. Le Washington Post note : « Thomas Homan expulse des gens. Et il est vraiment bon pour ça. »
Plus de 41 000 expulsions enregistrées dès le mois de mai
Tellement bon que ce talent n’échappe pas à Donald Trump qui, dès son premier mandat, entame une répression accrue des immigrés illégaux. Celui qui n’est pas encore le « tsar des frontières », mais déjà la terreur de ceux entrés aux États-Unis sans visa, lui paraît l’homme adéquat.
En 2017, il est nommé directeur par intérim de l’US Immigration and Customs Enforcement (ICE), le service fédéral qui, désormais, chasse, arrête et expulse les immigrés en situation irrégulière. Plus de 41 000 expulsions sont enregistrées dès le mois de mai. L’année suivante, il estime que les responsables politiques qui défendent le principe des villes sanctuaires mériteraient d’être accusés de crimes. Et Tom Homan continue de prôner mordicus la séparation des enfants immigrés de leurs parents.
La séparation des familles comme arme de dissuasion
Il veut terroriser ces populations, et enlever les enfants lui paraît une arme de dissuasion fatale. 4 700 enfants sont ainsi séparés de leurs parents. L’opinion publique américaine est choquée. Jusqu’à Melania Trump, qui s’émeut publiquement. En juin 2018, brutalement, l’ex-policier démissionne.
Il devient commentateur sur Fox News, chaîne ultra-conservatrice. Il rejoint la Heritage Foundation, l’un des think tanks d’extrême droite soutiens de Trump, qui publie le Project 2025. Dans ce document, si radical que Trump prendra publiquement ses distances, on retrouve plusieurs idées d’Homan : arrestations de masse, détentions et expulsions systématiques des étrangers en situation irrégulière.
Les rafles des nervis de l’ICE se multiplient.
Conseiller du gouverneur du Texas, Tom Homan prône la militarisation de la frontière du Rio Grande et remet en cause l’autorité fédérale. En parallèle, il fait activement campagne pour Donald Trump en 2024. Il en sera récompensé dès la nomination de ce dernier.
Pour son second mandat, le président le rappelle à la direction de l’ICE. Mieux encore, il l’intègre à la nouvelle administration à la Maison-Blanche, où il devient l’exécuteur en chef de la politique anti-immigration de son locataire. Elle passe alors à la vitesse supérieure. Les rafles des nervis de l’ICE se multiplient. Les arrestations augmentent. Les expulsions aussi.
En avril 2025, les services gouvernementaux annoncent que 140 000 personnes ont été expulsées du territoire de l’Union. Le chiffre paraît très exagéré, même si la police anti-immigration redouble d’efforts, particulièrement dans les villes démocrates. Les agents de l’ICE vont jusqu’à interpeller, dans les halls des tribunaux, les proches d’immigrés venus assister à leurs audiences. Les protestations se multiplient.
Déterminé à aller jusqu’au bout
Les actions en justice aussi. Est notamment contestée la déportation de 300 membres de gangs, ou supposés tels, vers les prisons du Salvador, où règne un dictateur allié de Trump. La « remigration » des 11 millions d’immigrés illégaux présents aux États-Unis ne se révèle pas si simple. Tom Homan ne renoncera jamais.
Le « tsar des frontières » explique sa rage anti-immigration par un traumatisme personnel. Lors d’une patrouille à la frontière sud, au Texas, il y a plus de vingt ans, il découvre dans une remorque les cadavres d’immigrés morts de chaleur et de soif. Parmi eux, un enfant de cinq ans. Pour lui, dès lors, tous les moyens sont bons pour faire peur aux clandestins. Dissuader les sans-papiers de franchir la frontière, pour ce bon samaritain, c’est sauver des vies. Dans le fond, Tom Homan est un brave type…
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