Annalena Baerbock, une écologiste pour sauver le monde ?
Elue présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, l’ex-ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne incarne une diplomatie de rupture face à un monde en crise
À la tête de l’ONU : un mandat sous haute tension
Qu’une femme, européenne, écologiste, soit élue à la présidence de l’Assemblée générale de l’ONU est un événement presque passé inaperçu, tant l’organisation internationale paraît aujourd’hui impuissante à conjurer les quelque 120 conflits armés dont souffre le monde. Elle a été choisie par les représentants de 167 États membres sur 193. Le vote s’est effectué le 2 juin 2025. Mais son mandat débute officiellement en septembre 2025, à l’ouverture de la 80e session, où, entre autres, doit être annoncée par un certain nombre de pays européens la reconnaissance de l’État palestinien, à la grande fureur du gouvernement israélien.
Annalena Baerbock est la première Européenne à occuper cette fonction et la cinquième femme. Jusqu’alors, la charge paraissait surtout honorifique. Mais le blocage du Conseil de sécurité par la Chine, la Russie et parfois les États-Unis donne à cette instance, seule véritablement universelle, un poids nouveau. La personnalité de sa présidence prend donc une importance particulière.
« Le moment est venu pour nous de nous unir, de trouver des solutions communes et d’agir ensemble pour relever ces défis ». L’ONU doit agir dans l’intérêt des générations présentes et futures ». A.Baerbock
Une trajectoire politique et diplomatique hors norme
Annalena Charlotte Alma Baerbock a 44 ans. Ancienne ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne, elle possède une solide expérience politique et diplomatique qui lui sera bien utile dans ses nouvelles fonctions. Elle est née à Hanovre, capitale de la Basse-Saxe, une cité hanséatique qui a longtemps partagé son souverain avec celui de la Grande-Bretagne, très ouverte à l’international. Sa famille est typique de cette Allemagne du Nord luthérienne, commerçante et industrieuse. La foire de Hanovre est la plus importante manifestation de ce type en matière d’innovation industrielle. Son père est un ingénieur mécanicien, sa mère une travailleuse sociale. Elle a deux sœurs. Son grand-père paternel, Waldemar, a été un nazi convaincu, membre du haut état-major de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale, une tache dans le passé familial que beaucoup d’Allemands partagent.
« Mon aspiration pour cette présidence est de jeter des ponts par-dessus tout ce qui nous sépare, d’écouter toutes les voix au sein de l’Assemblée générale » A.Baerbock
Un parcours fulgurant chez les Verts
Cette petite femme (1,60 m), brune, au visage rond et avenant, a étudié les sciences politiques à l’université de Hambourg avant d’être diplômée en droit international public à la London School of Economics. À sa sortie de l’université, elle milite chez les Verts. Elle y fait un parcours fulgurant. Partisane de l’aile pragmatique du mouvement, elle est élue au Bundestag en 2013 et en 2017. En 2018, elle est portée à la tête du parti avec Robert Habeck, écrivain et philosophe, autre ténor de l’Alliance 90/Les Verts. Ce duo charismatique va porter les Verts électoralement au niveau du SPD et de la CDU. Son parti est en tête des intentions de vote aux élections fédérales de 2021. Mais Annalena Baerbock est accusée d’avoir oublié de déclarer des revenus parlementaires et d’avoir embelli son CV. Sa proposition d’augmenter le prix de l’essence est mal perçue par l’opinion. Les Verts arrivent troisièmes.
« Nous devons lutter contre la désinformation, promouvoir le multilinguisme et veiller à la transparence lors de la sélection du prochain secrétaire général ». A.Baerbock
Face à Moscou et Pékin
Mais cette championne de trampoline (trois fois médaillée de bronze aux championnats d’Allemagne) a du ressort. La voilà ministre des Affaires étrangères du chancelier Olaf Scholz. Et déjà, elle fait parler d’elle lorsqu’elle assure vouloir porter une politique « basée sur les valeurs ». « Nous devons défendre les droits de l’homme partout dans le monde, même quand cela dérange », avait-elle affirmé, provoquant des tensions avec Moscou et Pékin. Elle veut sanctionner Vladimir Poutine sur les droits de l’homme. Elle menace d’annuler la mise en service du gazoduc « Nord Stream 2 ». Elle promet une « réaction forte » si les Russes envahissent l’Ukraine. Elle s’en prend aussi à la Chine. « Il faut que le chancelier la recadre », commente alors un diplomate européen sous couvert d’anonymat, « pas question d’handicaper la politique économique de l’Allemagne ».
La pragmatique est aussi une idéaliste. Pourtant, culpabilité allemande aidant, tout en militant pour des négociations et un cessez-le-feu, elle ne condamnera pas vraiment Israël pour les bombardements de Gaza, et le gouvernement auquel elle appartient réitérera à plusieurs reprises son soutien à Tel-Aviv.
« Le système multilatéral est en danger, mais je crois que nous pouvons le renforcer ensemble » A.Baerbock
Lutter contre la désinformation
Après la chute de Scholz, elle vit à Potsdam, près de Berlin, avec ses deux filles. Divorcée de son mari, elle finance l’intégration d’un réfugié syrien. « La politique internationale m’a rattrapée »La nouvelle présidente de l’Assemblée générale de l’ONU a face à elle de rudes défis. Elle pense que les femmes, la moitié de l’humanité, ont un rôle majeur à jouer pour conforter la paix et assurer le développement durable du monde. Elle va d’abord devoir faire front aux difficultés financières de l’ONU, veiller à la transparence lors de la sélection du prochain secrétaire général, lutter contre la désinformation, promouvoir le multilinguisme… Elle sait que le système multilatéral est en danger.
Son slogan « Mieux ensemble » apparaît comme un défi lancé aux pays du monde. Il faut, comme elle, y croire.
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