Gali Baharav-Miara, le cauchemar de Netanyahou
La lutte est féroce entre la procureure qui défend l’indépendance de la justice et Netanyahou qui veut sa peau. Et fait voter sa destitution. La Cour suprême refuse…
La femme qui dit non au Premier ministre d’Israël
La droite israélienne veut sa peau. Gali Baharav-Miara, la procureure générale du pays, première femme à ce poste, a le courage de s’opposer aux décisions contre l’État de droit du président Netanyahou. La démocratie israélienne est aujourd’hui gouvernée par des populistes qui estiment que le peuple doit avoir raison contre la loi, que la majorité qui a porté au pouvoir le gouvernement actuel a plus de légitimité que des juristes, fussent-ils les garants d’une loi suprême qui organise l’État et la société.
La fonction de cette magistrate, nommée le 7 février 2022, consiste à conseiller juridiquement le gouvernement, à contrôler la légalité des décisions qu’il prend. Elle a aussi la responsabilité suprême du ministère public, donc des interventions au nom de l’État dans les tribunaux. Enfin, elle donne son avis sur les propositions de loi d’origine parlementaire. Son rôle dans un pays qui n’a pas de constitution est crucial.
« Trop de pouvoir entre les mains d’un juge » : le procès des populistes
Ces responsabilités lui sont contestées. « Trop de pouvoir entre les mains d’un juge », c’est inadmissible pour les illibéraux de tout poil : des extrêmes droites européennes aux trumpistes, en passant par les autoritaires sud-américains. Poutine a lui résolu le problème. Il n’y a aucune indépendance de la justice en Russie. À 65 ans, après une longue carrière irréprochable où elle a fait preuve d’une totale intégrité, montré qu’elle était insensible aux pressions et acquis le respect de ses pairs, Gali Baharav-Miara n’est pas prête à des compromissions douteuses
Donc, elle dit non. Et elle sait très bien faire ça. Dès le mois de janvier 2023, elle dénonçait la réforme judiciaire en préparation qui visait à renforcer les pouvoirs législatif et exécutif au détriment du judiciaire. Elle n’a pas cessé de se battre contre la mise en cause de la séparation des pouvoirs, clé de voûte de tout système démocratique.
Conflit ouvert avec le gouvernement Netanyahou
La magistrate est en conflit quasi permanent avec le gouvernement Netanyahou. Elle s’est opposée en mars dernier au limogeage de Ronen Bar, chef du Shin Bet (la DGSI israélienne). Pour la procureure générale, le Premier ministre était en conflit d’intérêts puisque le Shin Bet diligentait une enquête sur des proches du chef de gouvernement soupçonnés d’avoir touché des pots-de-vin du Qatar. Depuis, les partisans de Benjamin Netanyahou ne rêvent que de son limogeage.
Le ministre de la Justice, Yariv Levin, l’a accusée de comportement « inapproprié ». Le 23 mars de cette année, le gouvernement a voté une motion de défiance contre elle. Du coup, il a relancé les manifestations contre les atteintes à l’indépendance de la justice. Mais, le lundi 4 août, le gouvernement a voté sa destitution, l’accusant de parti-pris politique et d’entrave à l’action gouvernementale.
La Cour suprême contre-attaque
Aussitôt, la Cour suprême israélienne a bloqué la décision, interdit la nomination d’une remplaçante. L’opposition, des ONG, ont déposé des recours. Le procureur d’État a lui évoqué un acte contraire à la loi et assuré la procureure générale du soutien des parquets en Israël. Normalement, seul le comité qui a nommé la procureure générale peut la révoquer. Et cette instance comprend de nombreux magistrats peu susceptibles de sanctionner celle qui défend le droit.
La situation apparaît pour l’instant comme bloquée. Du coup, l’extrême droite israélienne déchaîne sa fureur. D’autant qu’en juin, Gali Baharav-Miara a suggéré de sanctionner Itamar Ben-Gvir, l’un de ses leaders, ministre de la Sécurité intérieure, qui s’était réjoui du transfert d’un Palestinien qui avait craché sur une soldate de Tsahal, dans une prison de haute sécurité : un abus de pouvoir manifeste.
Un État sans équilibre des pouvoirs devient une dictature ».
Le ministre avait déjà, en avril 2024, accusé la magistrate de vouloir fomenter un coup d’État. Le contentieux est riche entre la juriste et les politiciens les plus extrémistes de la coalition gouvernementale. Ils ont à plusieurs reprises réclamé son renvoi. Mais ils n’ont réussi qu’à lui donner un statut d’opposante morale, dernier rempart face à ceux qui veulent mettre à bas une démocratie déjà fragilisée. Elle ne cédera jamais. Mine renfrognée, cheveux blonds en bataille, la magistrate s’exprime publiquement, sans détour. « Le régime politique israélien est en train de changer à vue d’œil, à un rythme effréné », estime-t-elle.
Il est vrai que la fuite en avant de Netanyahou à Gaza, comme sur le plan de la politique intérieure, inquiète beaucoup de personnalités israéliennes. Ayala Procaccia, une ancienne juge de la Cour suprême israélienne, lors d’une manifestation en faveur de la procureure générale, affirmait : « Un État sans équilibre des pouvoirs devient une dictature ».
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