Ioulia Svyrydenko, femme et ukrainienne, face à Trump
Rapprocher Kiev et Washington et réanimer l’aide américaine face à la Russie… la nouvelle Première ministre de Zelensky pourra-elle infléchir le cours de la guerre ?
Un gouvernement de guerre resserré
En recomposant son gouvernement cet été, Volodymyr Zelensky ne voulait pas seulement doter son pays d’un cabinet de guerre resserré, compact, qui lui soit totalement fidèle en ces temps plus que difficiles pour son pays. Il voulait aussi des hommes et des femmes susceptibles de s’adapter aux aléas des alliances incertaines, des aides timides, voire des trahisons subites. En somme, des Ukrainiens qui sachent que leur pays doit d’abord et avant tout compter sur lui-même. Il a donc mis à sa tête une combattante qui a déjà fait ses preuves.
Le 17 juillet dernier, Ioulia Svyrydenko, 39 ans, a vu sa candidature et la composition du nouveau gouvernement validées par la Rada, le parlement de Kiev, par 262 voix sur 450. Un score pas si large, l’opposition ne cessant de critiquer le président Zelensky et son manque de concertation, un exercice difficile en temps de guerre.
Jeune, réservée, bourreau de travail, technocrate loyale et aguerrie
Malgré son âge relativement jeune pour un poste aux responsabilités si écrasantes, malgré son air sage et réservé derrière de sévères lunettes, Ioulia Svyrydenko n’est pas qu’une bonne élève de la haute administration ukrainienne. Elle a déjà donné des gages de ses remarquables compétences et de son total dévouement à son pays.
D’ailleurs, elle a fait ses premières armes sous la houlette politique d’Andriy Yermak, le très proche et très influent conseiller de Volodymyr Zelensky, n°2 du pouvoir, qui avait autrefois recruté cette diplômée d’économie de l’université de Kiev. Très vite, elle s’était fait une réputation de bourreau de travail. Très vite, elle avait accédé aux plus hautes fonctions, devenant vice-première ministre, ministre de l’Économie. On avait remarqué ces derniers temps que le président Zelensky, lors des réunions, lui donnait la parole en premier.
Elle a négocié et conclu l’accord sur les terres rares
Le chef de l’État a d’ailleurs lui-même annoncé la nomination de la jeune femme, dérogeant aux règles habituelles dans ce genre de circonstance. Au grand dam du chef de l’opposition, l’ancien président Petro Porochenko, il est vrai menacé justement par l’ex-ministre de l’Économie de graves sanctions pour avoir conclu des accords avec des personnalités pro-russes et mis en danger l’indépendance énergétique de l’Ukraine.
La nouvelle Première ministre bénéficie à l’évidence d’un énorme capital de confiance et de loyauté auprès de Volodymyr Zelensky. Il est vrai qu’elle a mené elle-même de redoutables négociations. Son plus beau fait d’armes reste, jusqu’à aujourd’hui, sans doute la conclusion des accords avec les États-Unis sur l’exploitation des minerais rares conclus en avril. Et la signature d’un contrat à l’occasion de la conférence sur le redressement de l’Ukraine les 11 et 12 juillet.
Rassurer un Trump déçu par Poutine
Cette parfaite anglophone a donc joué un rôle clé dans le rapprochement de l’Ukraine et des États-Unis. Après la calamiteuse scène du Bureau ovale et l’humiliation publique du dirigeant ukrainien en février, le président Trump semble vouloir de nouveau aider l’Ukraine, profondément déçu par le refus de Poutine de négocier une quelconque paix.
Dans cette nouvelle conjoncture, la Première ministre ukrainienne semble faire figure d’atout-maître. Les Américains respectent cette négociatrice pugnace. Elle fait partie d’une vaste opération ukrainienne destinée à rassurer les Américains sur le sérieux de la politique ukrainienne. Zelensky a aussi changé l’ambassadrice à Washington, retirant celle qui officiait sous Biden, jugée trop proche des Démocrates.
La production d’armes, priorité absolue
En tête de cette opération de séduction, la cheffe du gouvernement joue gros. Elle sait que son pays ne peut se passer de l’aide américaine en attendant une remise à niveau des capacités militaires européennes. Ses priorités sont aujourd’hui un renforcement du développement économique de son pays, très handicapé par la guerre.
Mais elle doit aussi continuer d’accroître la production d’armes ukrainienne, qui fabrique déjà 40 % de ses besoins. Déjà, la Première ministre a révélé que des discussions approfondies avaient lieu avec les Américains à propos de la production de drones, arme-clé du conflit. Kiev a qualitativement et quantitativement formidablement progressé dans la conception et la fabrication de ces engins. La puissance des États-Unis pourrait donner à cette production un formidable coup de fouet. Washington achèterait et produirait des drones ukrainiens en échange d’armement pour Kiev. Un fonds américano-ukrainien est en voie de constitution pour financer l’affaire : Ioulia Svyrydenko n’a pas l’habitude de perdre du temps.

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