Catastrophe minière en RDC : le prix des minerais de nos smartphones se paye en vies humaines
Le monde téléphone, la Chine fabrique, le Congo exploite ses minerais, les mineurs meurent ensevelis…
Un accident dans une mine illégale près de Kolwezi, en RDC, a fait au moins 70 morts ; un de plus dans une région où des centaines de milliers de personnes travaillent sans règles et sans sécurité, à extraire les minerais qui servent à nos objets numériques et ceux de la transition écologique.
Un anonyme a filmé ce moment où un pan de montagne s’effondre sur des centaines de personnes en contrebas. Des images terribles, car on imagine la panique, le chaos dans le nuage de poussière ; et quand tout est terminé, la désolation et le lourd bilan : au moins 70 morts.
La scène s’est déroulée samedi dernier dans une mine de cuivre et de cobalt du Sud-Est de la République démocratique du Congo. Un accident qui passe normalement inaperçu dans les malheurs du monde. Alors pourquoi en parler ? Parce que tout, dans cette histoire, est scandaleux, et que ce scandale nous concerne aussi, nous, consommateurs passifs.
Pour extraire les richesses du sous-sol congolais, celles qui sont indispensables aux objets numériques comme les smartphones, et ceux de la transition écologique comme les panneaux solaires, il y a de grands groupes miniers, ils sont chinois, ou occidentaux. Mais il y a aussi des centaines de milliers de mineurs individuels, qui vont tenter leur chance dans des puits de mines abandonnés ou qui ne sont plus rentables. C’est parmi ces mineurs « hors système » que s’est produite la catastrophe de Kalando.
Dans ces mines illégales, il n’existe pas de règles. Pas de sécurité, pas de normes sociales, le travail des enfants est courant. L’accident se serait d’ailleurs produit sur un pont de fortune construit sur un espace inondé, et un mouvement de panique aurait été provoqué par des tirs de l’armée.
Mais ces mines ne sont pas si sauvages que ça : la production de ces mineurs indépendants est rachetée par des intermédiaires, et se retrouvent le plus souvent en Chine, dans les usines de raffinage. Et terminent, quoi qu’il en soit, dans les appareils qui sont, le plus souvent, fabriqués en Chine et vendus dans le monde entier.
Tout le monde ferme les yeux, le gouvernement congolais qui ne s’est jamais donné les moyens, quel que soit le régime, de rendre l’exploitation minière plus digne et sécurisée ; les groupes miniers, quelle que soit leur nationalité, qui ne veulent surtout pas être exclus du gâteau ; et enfin les entreprises qui fabriquent les objets en question, qui jurent qu’elles font attention à la provenance des minerais.
Un élément de contexte. La mine où s’est produit l’accident est située à 40 kilomètres de la ville de Kolwezi, dans l’ex-Katanga de l’époque coloniale belge. C’est pour garder le contrôle des richesses minières que fut assassiné ici Patrice Lumumba quelques mois après l’indépendance du Congo en 1960. La CIA redoutait que l’URSS ne fasse main-basse sur les gisements du Katanga.
En 1978, c’est sur Kolwezi que la Légion étrangère française sauta pour sauver le régime de Mobutu menacé par des rebelles. Enfin, on se bat toujours aujourd’hui pour ces richesses minières, entre RDC et Rwanda, par milices armées interposées. Le sous-sol est la chance et la malédiction du Congo, depuis des décennies.
Dans les années 90, lorsqu’il a été réalisé que la production de diamants servait à financer des guerres en Afrique, on les appelés les « blood diamonds », les diamants du sang, et un processus de certification a été créé pour empêcher leur commercialisation. Faudra-t-il parler de « smartphones de sang » pour qu’on arrête de mourir dans les mines de RDC ?
Voir « Mines de Coltan : le sang et la boue«

« Le sang et la boue » , réalisé par Jean-Gabriel Leynaud , est un long métrage documentaire tourné en immersion parmi les habitants d’un village minier de Coltan en République Démocratique du Congo.A voir !
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