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Comment on a retrouvé 210 camps d’enfants ukrainiens enlevés en Russie

publié le 26/11/2025 par grands-reporters

Des selfies imprudents et l’utilisation du satellite ont permis d’identifier les endroits où Moscou retient des milliers d’enfants ukrainiens

Une mission jugée impossible


En 2022, au début de l’invasion, le Département d’Etat américain confie à un laboratoire de l’Université de Yale, le Humanitarian Research Lab (HRL), une tâche immense : estimer le nombre d’enfants ukrainiens déplacés vers la Russie et cartographier leur dispersion. Son directeur, Nathaniel Raymond, raconte avoir d’abord cru à une impasse. « Comment retrouver des enfants dissimulés et protégés par les services de sécurité russes ? Dans une affaire d’enlèvement où nous ne disposons que d’internet et d’images satellites ? »

L’erreur russe qui change tout

La faille vient de Moscou. Des responsables locaux russes se photographient fièrement aux côtés d’enfants ukrainiens, notamment dans des bus, pour se mettre en valeur auprès du Kremlin. Ces selfies contiennent des données de localisation. « Le plus drôle dans cette histoire, c’est qu’ils avaient oublié de désactiver les services de localisation sur leurs téléphones », confie Nathaniel Raymond. Les chercheurs récupèrent les coordonnées GPS, identifient même les appareils visibles sur les images, « y compris leurs Apple Watch ». À partir de ces données, ils commencent à remonter la chaîne des lieux de transfert.

210 camps révélés

En croisant ces clichés avec d’autres images officielles publiées en Russie et des données satellites, le HRL met au jour un réseau de 210 camps de rééducation et militaires répartis sur le territoire russe. Selon les estimations, 36 000 enfants ukrainiens y auraient été envoyés. Le laboratoire partage ses informations avec les autorités ukrainiennes. Après le mandat d’arrêt émis en 2023 contre Vladimir Poutine par la Cour pénale internationale, Moscou cesse brutalement de publier ces contenus. « Ils commencent à nettoyer la scène du crime, à déplacer les enfants », alerte Raymond.

Un enjeu des négociations


Pour le directeur du HRL, le sort de ces enfants doit devenir « une priorité absolue » dans les discussions actuelles sur un plan de paix. L’enjeu est d’autant plus urgent que le laboratoire pourrait fermer d’ici la fin de l’année, faute de financement, après les coupes décidées par l’administration Trump. Avant cette échéance, l’ensemble des données a été transmis à Europol.


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