COP. Dix ans après, l’accord de Paris est-il mort ?
La dynamique internationale semble s’essouffler, alors que la planète a déjà franchi la barre des +1,5°C. Qu’attendre de la COP 30 à Belém au Brésil du 10 au 20 novembre prochain ?
Retour sur deux COP décevantes
Lors des deux dernières COP, COP 28 à Dubaï en 2023, puis COP 29 à Bakou en 2024, on pouvait avoir le sentiment que la prise de conscience internationale concrétisée par l’accord de Paris s’était émoussée.
Le fait que ces deux dernières COP se soient déroulées dans deux pays enrichis grâce à l’or noir, comme l’adresse inaugurale à Bakou du président autoritaire azéri Ilham Aliev déclarant que le pétrole était un « don de Dieu », augurait mal des promesses du volontarisme écologique qui semblait s’être emparé de la planète (voir sur ce point mes chroniques 50 du 12 novembre 2023, 55 du 17 décembre 2023 et 92 du 10 novembre 2024).
Une avancée réelle malgré tout
On aurait pourtant tort de tirer un bilan entièrement négatif de ce qui s’est passé depuis dix ans. La force de l’accord de Paris réside en effet dans son caractère universel et non contraignant. Il a permis d’embarquer tous les pays, gros ou petits pollueurs de la planète, dans la même reconnaissance des dangers de l’accroissement sans limites des gaz à effet de serre et des conséquences climatiques qui en découlent, avec un objectif partagé : la volonté de limiter à 1,5°C l’accroissement de la température à l’horizon de la fin du siècle.
Indéniablement, cet accord a modifié non seulement les consciences, mais aussi les pratiques, les politiques nationales comme les pratiques citoyennes. On ne comprendrait pas sans cela les décisions prises sur la voiture électrique ou sur les énergies renouvelables. Certes, le seuil des +1,5°C a été franchi dès 2024, certes les gaz à effet de serre ont continué d’augmenter, mais leur accroissement a connu une forte inflexion, trois fois inférieure à celle de la décennie précédente.
On pourrait sans doute objecter qu’une partie de cette inflexion est due au ralentissement de la conjoncture mondiale et à la crise du Covid. Mais cela n’empêche pas les experts de penser encore possible la limitation de l’accroissement de la température planétaire à 2°C / 2,5°C d’ici la fin du siècle si, du moins, les plus gros producteurs de gaz à effet de serre pouvaient être considérés comme ayant atteint leur pic énergétique et s’installaient enfin durablement dans une stratégie de suppression des émissions nettes, conforme à l’accord de Paris.
Des engagements trop vagues
Mais cette force de l’accord a été aussi sa faiblesse, notamment par son flou et son caractère non contraignant. D’abord, il a fallu attendre la COP 26 en 2021 pour que le charbon soit déclaré à exclure des politiques nationales, en contradiction avec celles mises en place par plusieurs grandes puissances. Ensuite, ce n’est qu’à Dubaï en 2023 qu’a commencé à être évoquée, là encore dans des termes assez flous, une possible sortie du pétrole et du gaz. Quant à la dernière COP de Bakou en 2025, même si Ilham Aliev a pu se glorifier d’avoir fait adopter une grille d’évaluation des crédits carbone, le sujet de l’évacuation des hydrocarbures n’a pas été réévoqué.
Une enveloppe évaluée à ….1300 milliards de dollars
Sur le plan financier, les chiffres ont également évolué au fur et à mesure que les pays prenaient conscience des transformations à opérer. Aujourd’hui, on évalue à environ 6 500 milliards de dollars son coût global, soit deux fois le PIB de la France et environ 6 % du PIB mondial.
L’enveloppe décidée à Paris de 100 milliards de dollars pour aider les pays en voie de développement, atteinte seulement en 2022 (soit avec deux ans de retard), est désormais considérée comme largement insuffisante, pour être estimée à 1 300 milliards, dont près de 1000 milliards pourraient ne concerner que l’Afrique.
Or, c’est au moins depuis la COP 27 en Égypte en 2022 que les pays en développement affirment leur volonté d’obtenir à la fois réparations des torts causés par les pays développés mais également de quoi s’adapter. La COP de Bakou a fini par concéder un nouveau montant pour le Fonds correspondant, soit 300 milliards de dollars, chiffre jugé d’autant plus insuffisant que le mode de répartition du Fonds précédent est considéré comme injuste. Par ailleurs, ni la question des financeurs de ce Fonds, ni ses modalités concrètes d’attribution n’ont encore été décidées.
Un contexte géopolitique durci
C’est donc dans ce contexte que s’ouvre la COP 30 de Belém, un contexte aggravé non seulement par les lobbies persistants des entreprises et des pays producteurs d’hydrocarbures, mais également par le climatoscepticisme agressif du président des États-Unis et de ceux ralliés à sa bannière.
D’autre part, désormais convaincus du coût considérable de leur propre adaptation climatique et craignant de devoir payer davantage pour le Fonds d’aide, les pays développés participent de moins en moins à un niveau décisionnel aux COP, les rendant par là-même incapables de trancher un débat difficile.
Belém, un symbole fragile
Que la COP 30 se tienne à Belém au Brésil, dont le président Lula se dit écologiste convaincu et dont le pays est lui-même menacé à travers cet immense puits de carbone qu’est la forêt amazonienne, constitue certainement un atout. Mais le Brésil est également un des membres fondateurs des BRICS, auxquels appartiennent aussi de gros pollueurs comme la Chine, l’Inde ou la Russie, qui refusent de payer pour le Fonds d’aide, mais auxquels se rallient également de plus en plus de pays en développement.
Bref, dans ce climat de guerre froide et de poker menteur pour qui paiera, il reste à espérer que l’accord de Paris résistera encore un peu…
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