Brésil : pourquoi la COP a fait flop
On aurait tant aimé qu’à Belém (Brésil), en lisière de la forêt amazonienne, Lula, le président brésilien, puisse renverser la table et faire de la COP 30 un succès. Las… !
Quelques jours après la COP 30, Lula est arrivé au G20 de Johannesburg, tout feu tout flamme en proclamant : « le multilatéralisme a gagné à Belém ». Comme président du pays hôte de la COP, il devait tenir pareil propos, mais la réalité est tout autre. Ne serait-ce que par l’absence des États-Unis, comme celle, très remarquée, des hauts dirigeants de pays gros pollueurs, le multilatéralisme a montré une fois de plus, sur un sujet aussi important pour la planète, sa grande faiblesse actuelle.
Les organisateurs se sont félicités que 122 pays aient remis leur plan conforme à l’accord de Paris, mais leur contenu reste inconnu et les extrêmes du spectre — très gros pollueurs comme pays les moins avancés — n’y ont pas contribué.
Une COP sans souffle, une résolution sans cap
Des deux semaines de débat et d’une résolution finale plate et sans grande ambition, on peut retenir au moins deux points : l’incapacité à se prononcer clairement sur la sortie des énergies fossiles et l’incapacité des pays développés à déterminer les montants et modalités de compensation climatique pour les pays en développement.
Sortie des fossiles : la fracture totale
Après la COP 28 à Dubaï en 2023 et sa phrase ambiguë évoquant une éventuelle sortie des énergies fossiles, la COP 29 de Bakou avait laissé penser que le sujet était abandonné. Belém a confirmé, bien au-delà du silence de Bakou, de profondes divergences.
Aux partisans d’une sortie, notamment les pays européens, s’opposent frontalement non seulement la plupart des pays producteurs mais aussi un grand nombre de pays en développement. Chine, Russie, Inde, et une majorité de pays africains défendent un accès intact aux hydrocarbures, tout en revendiquant un mix énergétique hybride incluant les renouvelables.
Le Brésil n’échappe pas à cette ambiguïté. À l’ouverture, Lula dénonçait un capitalisme « vert » privant les émergents des ressources qui ont enrichi les pays développés.La « feuille de route » pour sortir des énergies fossiles n’est donc pas pour demain.
Climat : le mur du financement international
L’autre grand sujet, crucial pour les pays en développement, concernait les crédits d’atténuation et d’adaptation promis par les pays développés.
Depuis que les pays en développement font mieux entendre leur voix, notamment depuis la COP 27 en Égypte en 2022, ils exigent que les promesses de Paris — 100 milliards de dollars — soient tenues et que l’enveloppe soit augmentée. À Bakou, en 2024, les pays développés avaient concédé une enveloppe supplémentaire de 300 milliards. Mais les pays en développement estimaient le besoin réel à 1 300 milliards, dont 1 000 milliards pour l’Afrique.
Un engagement gelé, l’ avenir bouché
À Belém, rien n’a bougé. L’incertitude demeure totale sur qui paiera et comment seront gérés les fonds. Peu de pays développés veulent contribuer, leurs propres adaptations climatiques étant déjà difficiles à financer en période de restrictions budgétaires. Les États-Unis ont évité le sujet.
Quant à la Chine et à plusieurs autres gros émetteurs, ils refusent de payer, se considérant encore « en émergence » au regard de la classification onusienne de 1992. Il a fallu attendre 2023 pour atteindre les 100 milliards selon l’OCDE ; les 300 milliards promis à Bakou ne sont pas près d’arriver. Et la répartition actuelle, jugée injuste par les pays les moins avancés, risque fort de rester inchangée.
La seule note positive : la part réservée à l’adaptation climatique a été triplée, de 40 à 120 milliards, sans élargissement de l’enveloppe.
La déforestation, seul motif de satisfaction pour Brasilia
Lula n’a pas obtenu de percée multilatérale, mais la déforestation a été plus clairement évoquée que dans les COP précédentes. Une maigre victoire.
Après l’échec de Belem?
Belém est un échec. Pour le Brésil, pour Lula, mais surtout pour le multilatéralisme climatique, désormais en quasi-mort cérébrale. Dans le nouveau partage du monde en cours, le contenu universel et non contraignant de l’accord de Paris semble avoir vécu.
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Jean-Paul de Gaudemar : Au cœur de la nouvelle guerre froide, l’Afrique – Éditions L’Harmattan – 350 p – Septembre 2025
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