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Face à Trump : une contestation qui monte, qui monte, qui monte ( 5)

Malgré son apparente toute-puissance, Donald Trump fait face à une contestation qui s’organise partout : dans la rue, la société civile, chez les démocrates et jusqu’au cœur du monde des affaires

Un président qui répond par la provocation

Les sondages ne sont pas très bons cet automne pour le président américain. La société civile multiplie les manifestations. Donald Trump se venge salement. Dans une vidéo scatologique mise en ligne par ses affidés, aux commandes d’un jet, le président déverse sur des manifestants des paquets d’excréments, comme les engloutissant dans une gigantesque fosse septique.

C’est la manière que le président a choisie pour signifier tout son mépris aux 7 millions de manifestants qui ont parcouru les rues des villes américaines le 18 octobre aux cris de « No kings !» (Pas de rois), exprimant ainsi leur opposition aux dérives autoritaires du président. Une autre vidéo avait complaisamment montré Trump affublé d’une couronne et d’un manteau d’hermine.

Trump rêve d’une présidence à vie, à la chinoise

Et dernièrement, le locataire de la Maison-Blanche s’était extasié devant la condition de « président à vie » de son homologue chinois Xi Jinping. Il a d’ailleurs envisagé de se présenter en 2028 à un troisième mandat, ce que le 22ᵉ amendement de la Constitution lui interdit. En fin de compte, il a promis de ne pas tenter de contourner la loi fondamentale, bien que, dit-il, la possibilité existe d’une telle manœuvre, tout en reconnaissant que cela ne plairait pas aux Américains.

54 % des Américains désapprouventl’action de Donald Trump

Il est vrai que le président des États-Unis n’est pas au mieux de sa popularité. Huit mois après son investiture et à un an des élections de mi-mandat, la Fondation Jean-Jaurès rapporte que, début octobre, le sondage New York Times / Siena College, considéré comme une référence, constate que 43 % des Américains approuvent l’action de Donald Trump et 54 % la désapprouvent. Même chiffre en avril.

Les Américains évoluent peu. Même si une majorité estime qu’il exagère dans ses décisions antidémocratiques : 61 % pensent qu’il va trop loin dans ses pressions contre les médias d’opposition, 53 % dans sa répression de l’immigration illégale, 53 % en déployant la garde nationale dans des villes, etc. Malgré tout, si des élections intervenaient aujourd’hui, la répartition des votes, le découpage électoral, ne garantirait pas forcément une majorité aux démocrates à la Chambre des représentants.

Un Parti démocrate divisé mais combatif

Contrairement à une idée reçue, le Parti démocrate n’est pourtant pas inerte. Ses représentants interpellent, parfois durement, les membres de l’administration Trump au Sénat et à la Chambre des représentants. Ils s’en prennent à Trump dans les médias et sur les réseaux sociaux. Ils multiplient les réunions publiques dans les circonscriptions républicaines. Pourtant, cet activisme ne les fait pas progresser dans les sondages. Aucun de leurs leaders ne semble s’imposer face à Trump, malgré les efforts du gouverneur de Californie, Gavin Newsom, une des têtes de Turc de Trump.

Le parti lui-même est d’ailleurs divisé entre une droite prête à accepter une partie de la politique trumpienne, sur l’immigration par exemple, et une gauche de plus en plus radicale qui souhaite que leur parti renoue avec les classes populaires.

À New York, la gauche en reconquête

Les élections municipales de New York illustrent cette différence de stratégie. Zohran Mamdani, autoproclamé socialiste, candidat démocrate, fait la course en tête dans les sondages à quelques jours du scrutin. Il devance nettement le gouverneur de New York, un modéré qui n’a pas remporté la primaire démocrate pour cette élection et qui, du coup, se présente en indépendant. La victoire de Mamdani pourrait favoriser une ligne plus radicale des démocrates. Mais c’est l’opposition de la société civile qui semble la plus dynamique.

La rue américaine ne désarme pas

Les événements protestataires se multiplient : manifestations diverses, rassemblements, prises de parole, forums… Du 1ᵉʳ janvier au 1ᵉʳ août de cette année, des organismes tels que le Crowd Counting Consortium (Consortium de comptage des foules) ou des collectifs comme We (the People) Dissent (« Nous, le peuple, contestons ») comptabilisent 25 400 de ces protestations, contre 7 500 en 2017 après l’élection de Trump à son premier mandat. Des dizaines d’associations et d’organisations s’allient pour organiser des manifestations. Cette opposition diffuse, présente dans tout le pays, entretient un climat d’activisme permanent. La base bouge.

Les élites économiques se détournent

Mais dans l’élite économique aussi, il y a une opposition. Un certain nombre de grands patrons se sont également engagés contre Trump : Reed Hastings, patron de Netflix, donateur important du Parti démocrate et figure de la high-tech ; Pierre Omidyar, fondateur d’eBay, bailleur de fonds anti-Trump ; Abigail Disney, petite-nièce de Walt, productrice, membre du collectif Patriotic Millionaires, accuse le président de favoriser les plus riches ; Susie Tompkins, cofondatrice des marques de vêtements Esprit et The North Face, est aussi une donatrice de l’opposition ; Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, a évolué dans les mêmes sphères qu’Elon Musk pour prendre le chemin inverse.

Économie : le talon d’Achille du trumpisme

Pour le moment, Trump pavoise fort de ses soi-disant succès diplomatiques. Mais le thème central des préoccupations des Américains reste l’économie. Et c’est sur l’inflation que les résultats de Trump dans les sondages se sont le plus détériorés. Le cessez-le-feu aléatoire à Gaza risque de peser moins lourd dans les urnes que le prix des carburants pour les Américains.


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