Trump : haro sur les médias ! (4)
La chasse aux médias est ouverte. Aux États-Unis, la liberté de la presse se bat pour survivre
Sous le second mandat de Donald Trump, l’offensive contre les médias prend une ampleur inédite : restrictions, menaces, coupes budgétaires. Aux États-Unis, la liberté de la presse est plus que jamais en première ligne
Des journalistes badgés, escortés, relus, censurés…
La grande offensive contre les journaux, les télévisions, les radios ne faiblit pas. Tout est bon pour soumettre ou faire disparaître ceux qui résistent. Mais le combat pour la liberté de la presse n’est pas perdu.Les attaques de l’administration Trump contre la liberté de la presse sont incessantes. L’une des dernières en date concerne les journalistes accrédités au Pentagone. Le 15 octobre, une centaine d’entre eux ont quitté le ministère américain de la Guerre, sous le bras le carton contenant leurs affaires de bureau. Peter Hegseth a provoqué cet exode. Le secrétaire à la Guerre, par un oukase de 21 pages, a décidé d’empêcher ces journalistes d’exercer leur mission d’information.
Plus question de se promener dans les couloirs pour rencontrer ses sources. Les journalistes doivent désormais porter des badges à la couleur des lieux où ils sont autorisés à circuler. Ils sont systématiquement escortés. Les articles doivent être relus avant publication par les services du Pentagone. Chacun des correspondants doit signer une charte signifiant qu’il accepte cette mise sous surveillance. Sinon, dehors !
Une profession qui refuse de plier
Le refus de se soumettre a été quasi général. Non seulement les plus grands, déjà en conflit avec la Maison-Blanche comme Associated Press (AP), CNN, The Washington Post, The New York Times, mais aussi de très conservateurs soutiens du président comme Fox News dont Peter Hegseth a été un des présentateurs, ou encore Newsmax. L’étranger, comme l’AFP ou Reuters, a suivi. Pour parfaire son système, le Pentagone a laissé entendre que des poursuites seraient lancées contre les fonctionnaires qui auraient la mauvaise idée d’informer librement les journalistes. Barbara Starr, correspondante de CNN au Pentagone pendant 20 ans, a juste rappelé que « la Constitution protège la liberté de la presse » explicitement dans son premier amendement. Le président, qui lui prête serment, devrait en être le garant. On en est loin.
L’exemple historique du Watergate…un cauchemar pour Trump
Le ministère de la Guerre s’est empressé d’ouvrir sa salle de presse désertée à une soixantaine de nouveaux journalistes ou supposés tels – il y a aussi parmi eux des influenceurs complotistes, la plupart proches de l’extrême droite. L’affaire sera portée devant les tribunaux. Le quatrième pouvoir aux États-Unis a toujours été un puissant contre-pouvoir garant de la démocratie et de son bon fonctionnement. Sa cible principale : l’abus de pouvoir justement. Lorsqu’en 1974 deux reporters de The Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, obligent le président Nixon à démissionner après avoir révélé son implication dans l’affaire du Watergate et la mise sur écoute du Parti démocrate, ils deviennent des modèles pour la presse occidentale. Pour Trump, une telle histoire est un cauchemar.
Intimidations, sanctions, menaces d’interdiction
La maxime de Charles Prestwich Scott, fondateur du Manchester Guardian, énoncée en 1929, selon laquelle « si les opinions sont libres, les faits sont sacrés », est pour le président des États-Unis une billevesée. Les seules opinions acceptables sont les siennes et les seuls faits qu’il admet sont les vérités alternatives qu’il professe à longueur de tweet. Donc, haro sur la presse ! Dès son arrivée au pouvoir pour son second mandat, l’administration Trump s’est déchaînée. L’U.S. Agency for Global Media (USAGM) a été supprimée.
Plus de subventions pour tous ceux qui, à travers le monde, luttent contre les régimes autoritaires tels Voice of America (VOA), Radio Free Asia (RFA) ou encore Middle East Broadcasting Networks (MBN). Une terrible perte pour le soft power américain à travers le monde : 3 000 journalistes sont du coup licenciés. 180 radios publiques aux États-Unis ont été mises au bord de la faillite à la suite de la suppression des subventions les concernant. On coupe l’argent ou l’accès à l’information.
Objectif : soumettre les agences, journaux, radios, chaînes de télévision.
AP est interdite à la Maison-Blanche pour son refus d’appeler le golfe du Mexique « golfe d’Amérique » comme l’a rebaptisé Trump. On humilie aussi. Le président gracie les personnes inculpées pour avoir agressé des journalistes lors des émeutes du 6 janvier 2021 devant le Capitole. Enfin, on menace carrément d’interdiction d’émettre. Brendan Carr, président de la Federal Communications Commission (FCC), a lancé une enquête contre CBS, mais aussi Disney (société mère d’ABC), Comcast (société mère de NBC), ainsi que NPR et PBS, et la chaîne californienne KCBS.
Toutes sont soupçonnées de critiques « malhonnêtes » du pouvoir en place. Le même Brendan Carr a même expliqué que si ces médias audiovisuels ne changeaient pas d’attitude, il pourrait supprimer leur licence et les priver du droit d’émettre. Toutes les manœuvres sont bonnes pour soumettre agences, journaux, radios, chaînes de télévision.
Trump dans l’ombre de l’Affaire Epstein
Trump réclame 20 milliards de dollars à CBS pour le montage d’une interview, 15 milliards à The New York Times pour diffamation… Les pressions sur les propriétaires de médias qui ont besoin de l’aide du gouvernement fédéral pour mener leurs affaires sont constantes. De nombreux humoristes anti-Trump voient, du coup, leurs émissions télévisées supprimées par leur direction. Mais ce n’est pas si simple. La pression du public oblige parfois à les réintégrer.
Et le locataire de la Maison-Blanche est personnellement vulnérable. Trump, impliqué de facto dans l’affaire Epstein, du nom de l’homme d’affaires prédateur sexuel qui s’est suicidé en prison, n’a toujours pas accédé aux demandes de son électorat qui lui demande la liste des personnalités complices des parties fines auxquelles il est, par ailleurs, soupçonné d’avoir participé. Récemment, les médias se sont fait un plaisir de rendre compte des terribles témoignages des jeunes femmes proies d’Epstein et de ses « clients ». Aux États-Unis, les journalistes dignes de ce nom ne lâcheront plus Trump

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