La liste noire des criminels de guerre
Contre l’impunité, grands-reporters.com entreprend d’établir la liste noire des criminels de guerre contemporains.
Klaus Barbie. Illustration Mehdi Benyezzar pour Grands-Reporters.com

Jamil Hassan – Architecte de la terreur d’État syrienne
Date de naissance
Vers 1952 (Syrie)
Fonction principale
Ancien directeur des renseignements de l’armée de l’air syrienne (2009-2019)
Allégeance politique
Régime de Bachar el-Assad
Zone d’activité
Syrie (Damas et réseau national de centres de détention)
Citation attribuée
« Je continuerai à tuer pour maintenir Bachar Assad au pouvoir. Je tuerai la moitié du pays s’il le faut. » (2011)
Crimes attribués
Crimes contre l’humanité
Direction et supervision d’un système de torture à grande échelle, disparitions forcées, détentions arbitraires massives, violences sexuelles, meurtres sous la torture.
Crimes de guerre
Ciblage délibéré de populations civiles, participation à une stratégie de terreur d’État combinant services de renseignement, aviation et forces de sécurité.
Responsabilité hiérarchique
Contrôle direct de centres de détention relevant des renseignements de l’armée de l’air, identifiés par de nombreuses ONG comme parmi les plus meurtriers du régime.
Doctrine répressive
Assimilation systématique des opposants et manifestants à des « terroristes ». Référence assumée à la répression de la place Tiananmen comme modèle de maintien de l’ordre par la force létale.
Éléments de preuve et témoignages
Déclarations concordantes d’anciens détenus et de transfuges. Témoignages faisant état d’ordres personnels concernant les sévices infligés à certains prisonniers. Conditions de détention inhumaines, cellules surpeuplées, morts massives en détention.
Bilan humain estimé
160 000 disparitions forcées imputées aux services de renseignement syriens, dont une part significative sous son autorité directe.
Poursuites pénales
Mandat d’arrêt international délivré par la justice allemande pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
Mandat d’arrêt émis par la justice française.
Condamnation par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d’assises de Paris pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis contre deux ressortissants franco-syriens.
Statut judiciaire
Criminel de guerre recherché. Jamais remis à une juridiction nationale ou internationale.
Localisation présumée
Inconnue. Sources syriennes et occidentales évoquent une possible cache au Liban, sans confirmation indépendante à ce stade.
Réseaux de protection supposés
Anciens cadres sécuritaires du régime syrien. Hypothèses de soutiens logistiques régionaux non documentées publiquement.
Perception par les acteurs de la justice transitionnelle
Considéré comme l’un des principaux architectes du système de torture syrien. Comparé par plusieurs militants à une figure d’exécutant central du crime d’État, indispensable à la mise en œuvre de la machine répressive.

Ali Mamlouk – Figure clé du régime syrien
Date de naissance: entre 1946 et 1949 (Damas, Syrie)
Origine familiale. Famille sunnite (ou alaouite selon certaines sources controversées)
Lieu d’activité. Syrie (Damas), Iran (Téhéran)
Résidence actuelle. Non confirmée officiellement. Rumeurs de déplacements entre Syrie et Iran.
Crimes attribués
Crimes contre l’humanité. Torture systématique, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires.
Crimes de guerre. Supervision d’essais d’armes chimiques sur des prisonniers politiques (Unité 417, Palmyre).
Répression politique. Orchestration de la répression des manifestations de 2011 et de la guerre civile syrienne.
Poursuites pénales.
Mandat d’arrêt international émis en 2023 pour « complicité de crimes contre l’humanité ». Condamnation à la perpétuité par la cour d’assises de Paris (mai 2024) pour la mort de Mazen et Patrick Dabbagh.
Sanctions internationales. Inscrit sur les listes noires de l’Union européenne, des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni.
Statut actuel.
Actif. Toujours influent dans l’appareil sécuritaire syrien, malgré des rumeurs de déclin.
Protection. Bénéficie d’une protection diplomatique et de liens avec l’Iran et le Hezbollah.
Localisation. Se déplace entre la Syrie et l’Iran, selon des sources non officielles.
Rôle actuel
Conseiller présidentiel pour les affaires de sécurité (depuis 2025).

Maria Lvova-Belova – La voleuse d’enfants ukrainiens
Commissaire russe aux droits de l’enfant
Date de naissance
1984 (Penza, Fédération de Russie)
Origine familiale
Famille russe orthodoxe. Mariée à un ancien informaticien devenu prêtre de l’Église orthodoxe russe. Mère biologique de cinq enfants, plusieurs adoptions revendiquées, dont des enfants handicapés.
Lieu d’activité
Fédération de Russie. Territoires ukrainiens occupés (Donetsk, Louhansk, Zaporijia, Kherson).
Résidence actuelle
Russie (lieu exact non communiqué officiellement).
Crimes attribués
Crimes de guerre.
Déportation et transfert forcé de mineurs ukrainiens depuis les territoires occupés vers la Fédération de Russie, en violation du droit international humanitaire.
Crimes contre l’humanité.
Participation à une politique systématique de transfert d’enfants, assimilable à une tentative d’effacement de l’identité nationale ukrainienne.
Déportation d’enfants.
Organisation et supervision de réseaux de transfert, d’adoption forcée, de changement d’identité et de « rééducation » idéologique de mineurs ukrainiens.
Poursuites pénales
Cour pénale internationale.
Mandat d’arrêt émis le 17 mars 2023 pour déportation illégale d’enfants, conjointement avec Vladimir Poutine.
Qualification juridique.
Crime de guerre au sens de l’article 8 du Statut de Rome. Éléments constitutifs pouvant relever du crime de génocide (transfert forcé d’enfants d’un groupe national à un autre).
Sanctions internationales
Mandat CPI en vigueur.
Sanctions individuelles par plusieurs États occidentaux (gel d’avoirs, restrictions de déplacement).
Statut actuel
Active.
Toujours en fonction au sein de l’appareil d’État russe.
Protection.
Protection directe du Kremlin. Immunité de fait sur le territoire russe.
Localisation.
Russie. Déplacements internationaux très limités en raison du mandat CPI.
Rôle actuel
Commissaire présidentielle aux droits de l’enfant de la Fédération de Russie (depuis 2021).
Chargée de la « prise en charge » et de l’intégration en Russie des enfants issus des territoires ukrainiens occupés.

Charles Sikubwabo, le boucher de Gishyita au Rwanda
Date de naissance
Années 1940 (Gishyita, ouest du Rwanda)
Origine
Rwandais hutu, issu d’une commune rurale de la région de Kibuye
Fonction
Bourgmestre de la commune de Gishyita (1993-1994)
Parcours
Ancien adjudant-chef des Forces armées rwandaises. Quitte l’armée au début des années 1990 pour la politique. Nommé bourgmestre en 1993 sous l’étiquette du Mouvement démocratique républicain (MDR), parti officiellement d’opposition mais largement infiltré par les réseaux extrémistes hutus à la veille du génocide. À ce poste, il exerce un contrôle direct sur l’administration locale, la police communale et la mobilisation des civils.
Crimes attribués
Génocide. Organisation, direction et participation directe aux massacres de civils tutsis en avril 1994. Commune de Gishyita et collines de la région de Kibuye, ouest du Rwanda. Crimes contre l’humanité. Attaques coordonnées contre des centaines de réfugiés tutsis regroupés dans une église, un hôpital et des bâtiments civils à Gishyita, notamment le 16 avril 1994.
Responsabilité directe. Convoyage de gendarmes, de miliciens Interahamwe et de civils armés vers les lieux de refuge ; présence sur les sites des massacres ; participation personnelle aux tueries. Traque des survivants. Organisation d’une chasse systématique aux rescapés tutsis dans les collines environnantes durant les semaines suivantes.
Fuite
Juillet 1994. Fuite vers le Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) après la victoire du Front patriotique rwandais. Séparé de sa famille dans le chaos des combats frontaliers. Poursuit son exil jusqu’au Tchad.
Poursuites judiciaires
Inculpé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda pour génocide et crimes contre l’humanité. Procès. Aucun. N’a jamais été arrêté ni jugé.
Décès présumé. Décédé en 1998 à N’Djamena (Tchad), selon les estimations du TPIR.
Statut final. Mort en fuite. Enterrement anonyme, tombe aujourd’hui disparue.

Rifaat el-Assad – Bourreau du régime syrien baasiste, exilé et impuni
Date de naissance
1937, Qardaha (montagne alaouite, Syrie)
Origine familiale
Famille alaouite. Frère cadet de Hafez el-Assad, oncle de Bachar el-Assad. Membre central du clan Assad durant les années 1970-1980.
Lieu d’activité
Syrie (Damas, Palmyre, Hama).
Exil prolongé en Europe : France, Espagne, Suisse, Royaume-Uni.
Résidence actuelle
Non confirmée. Officiellement rentré en Syrie en 2021 pour raisons de santé. Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, aucune source indépendante ne confirme son lieu de résidence effectif.
Fonctions et rôle
Chef des Brigades de défense dans les années 1970-1980, force paramilitaire d’élite directement loyale à sa personne, utilisée comme instrument central de la répression intérieure. Acteur clé de la violence d’État sous Hafez el-Assad.
Crimes attribués
Crimes contre l’humanité. Responsabilité opérationnelle dans des massacres de civils et de détenus politiques.
Répression de Tadmor (Palmyre, 1980). Exécution de 600 à 1 000 prisonniers islamistes en quelques heures après une tentative d’attentat contre Hafez el-Assad.
Massacre de Hama (1982). Participation directe des Brigades de défense à l’écrasement de l’insurrection ; bilan estimé entre 20 000 et 25 000 morts civils.
Rifaat el-Assad a toujours nié sa responsabilité directe, mais historiens, ONG et témoins le désignent comme l’un des principaux chefs opérationnels.
Parcours politique
Tentative de coup de force à Damas en 1984 lors de la maladie de Hafez el-Assad. Échec rapide. Écarté du pouvoir, maintenu brièvement dans un rôle honorifique, puis contraint à l’exil afin d’éviter une rupture violente au sein du clan.
Enrichissement et exil
Construction d’un empire immobilier européen sans commune mesure avec ses revenus officiels : hôtels particuliers et immeubles à Paris, haras de Bessancourt, centaines de biens à Marbella. Fortune constituée, selon les juridictions européennes, par détournement de fonds publics syriens, blanchiment et montages financiers complexes.
Statut actuel
Mort le 20 janvier 2026 à Dubaï
Toujours impuni pour les crimes de masse commis sous son autorité dans les années 1980, malgré des condamnations lourdes pour enrichissement illicite et torture.

Igor Guirkine – L’homme du Donbass et du vol MH17
Date de naissance
1970 (Moscou, URSS)
Identité
Nom civil : Igor Vsevolodovitch Guirkine
Alias : Igor Strelkov. Origine familiale : Famille de tradition militaire russe.
Lieu d’activité
Ukraine (Donbass), Russie, ex-Yougoslavie (Bosnie-Herzégovine), Tchétchénie.
Résidence actuelle
Russie. Lieu exact non communiqué par les autorités.
Faits majeurs établis
Destruction d’un avion civil
Responsabilité reconnue par la justice néerlandaise dans la destruction du vol MH17 de la Malaysia Airlines, le 17 juillet 2014, au-dessus du Donbass.
Bilan : 298 morts, dont 80 enfants.
Rôle opérationnel
Ministre autoproclamé de la Défense de la République populaire de Donetsk en 2014. Supervision et coordination de forces séparatistes prorusses appuyées par du matériel militaire russe.
Déclarations incriminantes
Publication immédiate, puis suppression, d’un message revendiquant la destruction d’un aéronef peu après le crash du MH17.
Crimes et accusations
Crimes de guerre
Responsabilité indirecte dans l’usage d’un système de missiles Bouk ayant abattu un avion civil.
Violences armées
Participation à des conflits armés en Transnistrie (1992), Bosnie-Herzégovine (années 1990), Tchétchénie (1995), Ukraine (à partir de 2014).
Accusations non définitivement jugées
Soupçons de participation à des exactions contre des civils en Bosnie orientale, notamment dans la région de Višegrad. Éléments documentés mais juridiquement contestés.
Poursuites judiciaires
Condamnation pénale
Le 17 novembre 2022, condamné par contumace par un tribunal néerlandais à la réclusion à perpétuité pour son rôle dans la destruction du vol MH17.
Responsabilité étatique
La Cour européenne des droits de l’homme reconnaît la responsabilité de la Russie dans l’affaire du MH17.
Mandat international
Mandat d’arrêt international émis par les autorités judiciaires néerlandaises.
Sanctions internationales
Sanctionné par l’Union européenne depuis 2014.
Parcours idéologique et politique
Orientation idéologique
Ultranationaliste russe, proche des milieux d’extrême droite impérialistes. Collaborateur du journal Zavtra.
Relations
Proximité idéologique avec Alexandre Douguine.
Positionnement vis-à-vis du Kremlin
Critique virulent de Vladimir Poutine à partir de 2022, accusé d’incompétence militaire dans la guerre contre l’Ukraine.
Statut actuel
Situation judiciaire en Russie
Arrêté par les autorités russes à l’été 2023.
Condamnation interne
Condamné début 2024 à quatre ans de prison pour « extrémisme », en raison de ses critiques publiques du pouvoir.
Situation réelle
Détenu. Sa condamnation concerne ses prises de position politiques, non son rôle dans la mort de 298 civils.

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