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La mort de Leila Shahid, l’ambassadrice emblématique de la Palestine adepte du compromis

publié le 19/02/2026 par Pierre Haski

L’ancienne représentante de la Palestine en France, Leila Shahid, porte-parole efficace de la cause palestinienne pendant les années Oslo, est morte hier en France.

Elle avait été gagnée par le désespoir des dernières tragédies, elle qui avait cru en un compromis entre Israéliens et Palestiniens.

Leila Shahid fut l’ambassadrice des jours d’espoir. Elle disparait à l’heure du désespoir pour les Palestiniens, un sentiment qui l’avait gagnée dans son sanctuaire français face aux tragédies des deux dernières années.

Elle avait pris ses fonctions de Déléguée générale de la Palestine en France en 1994, au moment des accords d’Oslo, quelques mois après la poignée de mains entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin. Elle s’était imposée très vite comme une porte-parole efficace et enjouée de la cause palestinienne.

Née à Beyrouth dans une famille palestinienne exilée, mariée à un écrivain marocain, parfaitement francophone, Leila Shahid était devenue une personnalité incontournable des médias français pendant la décennie où elle représenta la Palestine en France (1994-2005), puis les années suivantes à Bruxelles, auprès des institutions européennes (2005-2015).

Partisan du compromis historique d’Oslo, elle espérait que le processus conduirait à la naissance d’un État palestinien, même si le mot « État » ne figurait pas dans l’Accord. Trente ans après, cet espoir est encore plus mince.

Une figure du dialogue face à l’épreuve de l’histoire

En apprenant sa mort, j’ai repensé à une scène qui résumait la personnalité exceptionnelle de Leila Shahid. A l’occasion du départ d’un ambassadeur d’Israël en France, l’intellectuel Elie Barnavi, le ministère français des Affaires étrangères avait organisé un déjeuner d’adieu avec de nombreux invités. Elie Barnavi avait fait son entrée dans la salle à manger du Quai d’Orsay en tenant par la main Leila Shahid : difficile d’imaginer une telle image aujourd’hui.

Signe des temps qui changent, et pas pour le meilleur, après le 7 octobre 2023, la matinale de France Inter avait réuni au téléphone les deux protagonistes de tant de débats des années 90. Mais le dialogue fut impossible entre Elie Barnavi et Leila Shahid, tant les émotions et la colère s’étaient immiscés dans leur complicité d’autrefois. Même si, sur le fond, ils n’étaient sans doute pas si éloignés, tant vis-à-vis du massacre commis par le Hamas en Israël, que du gouvernement israélien et ses ministres d’extrême-droite.

Au sein de la nébuleuse palestinienne, Leila Shahid avait été proche du courant favorable à ce qu’on appelait alors « la paix des braves », avec Yasser Arafat, une reconnaissance mutuelle entre les deux peuples et un partage de cette terre doublement promise.

Le désespoir face au naufrage du compromis

Ces dernières années, après l’échec d’Oslo, la deuxième intifada du début des années 2000, la mainmise du Hamas à Gaza et la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, Leila Shahid se montrait en privé doublement critique : vis-à-vis d’une Autorité palestinienne devenue impotante, et vis-à-vis d’une Communauté internationale, et en particulier l’Union européenne, qui fermait les yeux.

Sa disparition intervient alors que la Palestine est soumise au « plan Trump », avec la réunion aujourd’hui du Conseil de la paix du président américain, dont on voit mal comment cette institution bancale et sans légitimité peut déboucher sur une paix réelle. Au même moment, le gouvernement Netanyahou procède à une annexion rampante de la Cisjordanie, et un ministre d’extrême droite vient de se prononcer pour l’expulsion des Palestiniens sans être démenti.

Ils sont loin les jours où Leila Shahid défendait bec et ongle le compromis, ce n’est plus qu’un lointain souvenir balayé par la violence.


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