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Susie Wiles, celle qui parle à l’oreille de Trump

publié le 09/04/2026 par Pierre Feydel

La cheffe de cabinet de la Maison Blanche, conseillère très proche du président, lui parle franchement sans jamais s’opposer. Et ça marche

Un revirement spectaculaire

Elle a réussi à déstabiliser Donald Trump, à l’obliger à regarder en face la réalité de sa confrontation armée avec le pouvoir iranien. Du coup, le président des États-Unis, du jour au lendemain, après avoir menacé de rayer de la carte « la civilisation iranienne », a accepté un cessez-le-feu fragile de quinze jours, les conditions durables d’arrêt des frappes étant à négocier à partir de positions des deux parties très éloignées et sans qu’aucun des buts de guerre suggérés par le locataire de la Maison Blanche n’aient été atteints. L’Iran a résisté à la toute-puissance américaine. Il a donc gagné.

C’est Susie Wiles, la cheffe de cabinet de la Maison Blanche, qui a provoqué ce spectaculaire revirement du « commandant en chef ». Le magazine « Time » a révélé qu’elle a réuni les conseillers du président pour aller voir le patron, faire éclater la bulle de flatteries dans laquelle il se complaît.

Le choc du réel

Le président s’est durement cogné à la réalité. Jusqu’ici, tous les matins, il visionnait des vidéos de frappes, preuves du succès de sa campagne de bombardements. Il se repaissait de ces images d’explosions et de destructions, oubliant la hausse du prix du gallon, la baisse des marchés boursiers, les récriminations de certains de son camp et les inquiétudes du monde des affaires. Il fallait lui révéler sans fard la situation réelle des combats, les destructions dans les pays du Golfe, les conséquences économiques mondiales du conflit et l’état de l’opinion américaine, de plus en plus hostile au conflit et au chef de l’exécutif lui-même.

À force de lui peindre en rose les conséquences de chacune de ses décisions, de caresser son gigantesque ego, les flagorneurs de la Maison Blanche menaient le président à sa perte.

La nouvelle patronne

Susie Wiles a décidé de mettre fin à ses illusions. Elle l’a fait changer d’avis, ce qui relève de l’exploit. Il est vrai que la cheville ouvrière de la Maison Blanche connaît bien son Donald. Elle est tombée très vite dans la mouvance républicaine. Née en 1957, en Floride, fille d’un joueur de football américain devenu commentateur sportif, diplômée de l’université du Maryland, elle rejoint l’équipe de campagne de Ronald Reagan.

Consultante, lobbyiste, elle lance une société de conseil sans jamais s’éloigner du Grand Old Party. En 2016, elle dirige les opérations de la première campagne présidentielle de Trump en Floride. Cinq ans plus tard, elle dirige la Save America PAC, le comité de propagande et de soutien financier trumpien. Selon « Politico », elle est devenue, déjà, « la nouvelle patronne au sommet de l’univers trumpien ».

Une conseilleère qui ne mâche pas ses mots

Sa nomination à la Maison Blanche, où elle occupe un poste équivalent à celui de secrétaire général de l’Élysée, n’étonne personne à Washington. C’est la première femme à occuper cette fonction. Elle gère l’agenda du président et décide de qui il va recevoir ou pas. Récemment, elle a provoqué de nombreuses rencontres avec des militaires pour que Donald Trump ait un aperçu concret de la situation militaire. Elle bénéficie d’une grande confiance du président. Peut-être parce qu’il a compris qu’au lieu de le flatter en permanence, de lui dire ce qu’il attend qu’on lui dise, Susie Wiles avait décidé de s’exprimer franchement, estimant, sans doute, que c’était le meilleur service à lui rendre.

En tout cas, elle ne mâche pas ses mots. Elle juge JD Vance comme un opportuniste, « théoricien du complot depuis une décennie ». À propos d’Elon Musk, dont elle connaît l’addiction à la kétamine, lorsqu’il fait des considérations oiseuses sur Hitler, Mao et Staline, elle lâche : « je pense que c’est lorsqu’il “microdose”. »

« Donald Trump a une personnalité d’alcoolique »

Au journaliste de « Variety », Chris Whipple, avec qui elle s’entretient pour publier un long portrait d’elle au début de l’année, elle confie : « Donald Trump a une personnalité d’alcoolique ». C’était le cas du père de la cheffe de cabinet. Elle assure bien connaître ce type de tempérament excessif, caractérisé par une totale désinhibition. Elle ajoute : « il fonctionne avec l’idée qu’il n’y a rien qu’il ne puisse pas faire ; rien, zéro, rien. » Et parfois, elle tente de le canaliser. Lorsque Donald Trump libère tous les condamnés qui ont participé à l’émeute du 6 janvier 2021 contre le Capitole, elle lui explique que son droit de grâce ne doit pas s’appliquer à tous. En vain. Quand Elon Musk détruit USAID, l’agence américaine pour le développement, elle exprime son désaccord. Sans résultat. Elle s’étonne des excès de ICE avec un peu plus de résultats.

Les limites de son influence

Mais elle pense aussi que Peter Hegseth, le secrétaire à la Guerre, est un bon rempart contre la puissance du lobby militaro-industriel, ou encore que Robert Kennedy Jr, le ministre de la Santé, va sans doute trop loin dans ses délires anti-vaccin, mais que quelquefois il faut exagérer avant de revenir à des positions plus équilibrées. Pas facile pour elle de naviguer dans l’océan de testostérone que constitue l’entourage extrémiste de Trump. Alors, elle louvoie. L’une de ses forces est de ne jamais se mettre en avant, de manifester une absence totale d’ego, de se tenir loin des caméras, toujours dans un coin du Bureau ovale. Bien sûr, elle peut se tromper, tenter de se persuader elle-même que Donald Trump n’est pas du tout un va-t-en-guerre. Elle peut émettre des réserves, mais jamais elle ne contredira frontalement et publiquement le président.

Une conseillère sans illusion

Sa loyauté et sa franchise, ce mélange, ont gagné la confiance du président. C’est sans doute ce qui lui donne son influence particulière. Mais à ceux qui croient qu’elle aurait un quelconque ascendant sur Donald Trump, elle répond : « Oh, bon sang. Trump ne dépend de personne. »


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