Le cercle se resserre sur Trump (7)
Des documents incriminant le président dans le viol d’une jeune fille de 13 ans ont disparu. La tentative d’incriminer les Clinton a fait long feu
Un boomerang politique pour Trump
Lorsqu’on allume un incendie, il faut se méfier des retours de flamme. Donald Trump ne s’est pas méfié. Lorsqu’il a promis lors de la campagne électorale de 2024 de dévoiler tous les documents sur un certain nombre d’affaires, dont celle qui concernait Jeffrey Epstein, il ne s’attendait certainement pas à se piéger lui-même de façon si magistrale. Sa cible était les démocrates, le couple Clinton en tête. Mais rien n’a un marché comme prévu. Pour sa base MAGA, travaillée par les complotistes de QAnon persuadés de l’existence de réseaux pédophiles au service des élites mondiales, les turpitudes sexuelles du financier new-yorkais n’ont fait que confirmer leurs soupçons.
Bloquant les dossiers, le président semblait craindre des révélations qui le mettraient lui-même en cause. Au point de se mettre à dos une partie de ses affidés, de provoquer la grogne du Congrès et d’augmenter les soupçons à son égard. Alors il cédant : 3 millions de documents, 180 000 photos, 2 000 vidéos étaient livrés au public, aux médias, aux élus.
Transparence affichée mais censure organisée
Mais déjà cet effort apparent de transparence est entaché de censure. Le ministère de la Justice, aux mains de trumpistes dévoués, a caviardé nombre de textes. Des identités de clients de Trump sont occultées et celles de victimes inconsidérément révélées. Un à deux millions de documents manquant encore. Et certains ont carrément disparu. En cette fin du mois de février 2025, alors que l’affaire Epstein a pris une ampleur mondiale, dans des pays comme la France et le Royaume-Uni où les procédures judiciaires se multiplient, une nouvelle bombe éclate aux États-Unis.
Selon la presse, et particulièrement le « New York Times », un document essentiel a disparu. Il s’agit du compte rendu de 52 pages d’entretiens d’une très jeune fille de 13 ans qui raconte comment elle a été violée par Jeff Epstein et son ami Donald Trump. Le média public NPR et la chaîne privée CNN confirment que plus de 90 des 325 enregistrements recensés par le FBI manquent, ou du moins ont été retirés des pièces fournies par le ministère de la Justice.nytimes+3
Des dossiers manquants qui accusent
L’opposition démocrate s’est empressée de dénoncer cette manœuvre. La Maison Blanche dément et, très maladroitement, affirme que des documents étaient doubles avec d’autres et va même jusqu’à assurer que le président « a fait plus pour les victimes d’Epstein que quiconque avant lui ». Aujourd’hui, il existe des moyens technologiques de repérer les caviardages et de rétablir les textes tronqués ou omis. Lorsqu’on entre dans le système d’indexation des pièces, il est aussi assez simple de distinguer les documents disparus des listes de ceux publiés.
Le ministère de la Justice américain a multiplié les gaffes, croyant noyer ceux qui recherchent la vérité, pour des raisons judiciaires, démocratiques, sous des millions de pièces d’archives, permettre d’échapper à la découverte d’éléments de preuve. On reste pantois devant tant d’aberrations. De la même façon, à vouloir à tout prix nuire aux Clinton, le risque existe que l’opération se retourne contre les républicains et le président lui-même.nytimes+2
Les Clinton contre-attaquent
Hillary et Bill Clinton ne voulaient pas témoigner devant la commission de la Chambre des représentants. Puis ils s’y sont résignés et ont proposé des audiences publiques. Tout à coup méfiants, les républicains ont préféré des débats à huis clos dans la salle municipale de la petite ville de Chappaqua, au nord de New York, où habitent l’ex-président et sa femme. Ce qui d’ailleurs n’a pas empêché d’en connaître la teneur. L’ancienne secrétaire d’État de Barack Obama, candidat à la présidence en 2016, battue par Trump, a tranquillement expliqué qu’elle ne connaissait pas Jeff Epstein, qu’elle ne l’avait jamais rencontré, qu’elle avait eu quelques contacts avec sa compagne Ghislaine Maxwell.
Et puis, elle a lancé un énorme pavé dans la mare républicaine : que la commission demande à Donald Trump de venir témoigner, sous serment. Elle rappelle, non sans perfidie, qu’il devrait avoir des choses à dire dans la mesure où il apparaît des dizaines de milliers de fois dans les documents publiés.
Bill Clinton, archives encombrantes
Elle devait se défendre, elle attaque. Le président ne se prêtera vraisemblablement pas à cette proposition. Mais du coup, il a l’air, une fois de plus, de fuir et renforcer l’opinion de ceux qui sont certains qu’il a des choses à cacher. Avant son audition, dans un communiqué, Bill Clinton a lui aussi nié toute connaissance des crimes devant la commission d’enquête. Reste qu’il a embarqué à de très nombreuses reprises dans le jet privé d’Epstein, le nombre de vols attribués à l’ex-président variante selon les analyses entre 17 et 27 selon les jeux de logs examinés. Epstein s’est rendu à plusieurs reprises à la Maison Blanche sous son mandat.
L’ex-président apparaît abondamment dans les documents, en particulier des photos où on le voit s’ébattre avec de jeunes femmes dans un jacuzzi. Aucun signe d’activité sexuelle, en tout cas, sur ces clichés. L’ex-président a toujours assuré qu’il avait rompu tout contact avec le financier bien avant sa condamnation en 2008. Il n’est pas très populaire aux États-Unis. Il a, au début de sa carrière, été l’objet d’accusations de viol. L’affaire Lewinsky, la faveur sexuelle qu’il avait consentie à une stagiaire de la Maison Blanche à la fin des années 1990, lui avait été moins reprochée que le mensonge public qu’il avait perpétré à ce sujet.factuellement+1
Pris dans le piège qu’il a tendu
Sans éléments plus probants, il sera difficile, trente ans après au moins, d’incriminer Bill Clinton. Les républicains ont oublié qu’ils avaient affaire à un couple très expérimenté politiquement, deux avocats qui n’ont pas peur des débats contradictoires. Résultat : les voilà plus que jamais, Donald Trump en tête, pris dans un piège qu’ils ont tendu eux-mêmes. Avec le risque de dégâts électoraux importants en novembre 2026.
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