Trump prépare la guerre en cas de défaite (3)
Tricheries, pressions de l’ICE, état d’urgence…Donald Trump prépare la contestation d’une éventuelle défaite. Vaincu, il serait capable de tout
Le précédent du Capitole
Donald Trump est un mauvais joueur avéré. On raconte même que si Steve Witkoff, un de ses émissaires auprès de Poutine, est si proche de lui, c’est parce qu’il est l’un de ses rares partenaires de golf qui supportent ses tricheries permanentes. Du coup, en cas de défaite électorale des Républicains aux élections du 3 novembre prochain, la question de savoir si le président des États-Unis acceptera les résultats du scrutin est très sérieusement posée.
Début octobre, un journaliste lui posait la question de savoir s’il accepterait le vote, quelle qu’en soit l’issue ; le chef de l’exécutif rétorquait : « Bien sûr, mais nous ne voulons pas de tricherie. » Une réponse osée de la part de quelqu’un qui tente par tous les moyens de biaiser le vote à son avantage en tripatouillant les circonscriptions, en créant la confusion sur le vote par correspondance, en tentant d’empêcher l’accès aux urnes de certains électeurs, etc.
Donald Trump n’a jamais supporté d’être battu. On se rappelle comment il a provoqué les émeutes du 6 janvier 2021 à Washington, après sa défaite aux élections présidentielles de 2020. Le Capitole à Washington, siège du Congrès, avait été investi par des milliers de manifestants hurlant à la fraude électorale, causant la mort de six personnes. Et le président a gracié tous ceux que le FBI avait convaincus d’avoir participé à cette attaque d’un lieu emblématique de la démocratie américaine.
La fraude comme ligne de défense
La plus grande méfiance s’impose, donc. D’autant que lors d’une réunion du Parti républicain, le mois dernier, Donald Trump a invité ses partisans à « tricher à tout va » lors du scrutin, qu’ils soient « inscrits ou pas » sur les listes électorales. Stupéfiante injonction de celui qui dénonce les tricheries des autres pour mieux recommander les siennes. Le président n’est pas, il est vrai, à une incohérence près. Plusieurs scénarios de mise en cause du vote des midterms au cas où les Républicains perdraient sont possibles. Bien sûr, et avant tout, la dénonciation véhémente de la fraude. Pas besoin de preuves pour assurer par exemple que le système de vote californien – un État très défavorable à Trump – est truqué ; que les machines à voter sont trafiquées alors qu’elles sont plus fiables que le dépouillement à la main ; qu’il y a eu des fraudes diverses qui justifient la non-certification des résultats.
En 2020, il faut se rappeler que Trump, vaincu par Joe Biden, voulait faire saisir les machines à voter et multiplier les pressions sur les autorités locales. Il pourrait cette fois multiplier les observateurs fédéraux interventionnistes dans les bureaux de vote.
ICE, l’armée, l’état d’urgence
Mais il y a pire : la police de l’immigration, ICE, connue pour ses méthodes brutales, pourrait être déployée aux abords des bureaux de vote. Une présence très dissuasive pour tout électeur pouvant, de près ou de loin, au faciès, être considéré comme un immigré. Donald Trump pourrait aussi invoquer l’« Insurrection Act » sous prétexte de risques d’émeutes ou d’actions de la gauche radicale. Des troupes seraient alors déployées. Bien entendu pour faire baisser les taux de participation dans les circonscriptions réputées démocrates. Pour aller encore plus loin, le président pourrait décréter l’état d’urgence. La Maison-Blanche n’a pas écarté l’idée. Même si le chef de l’exécutif n’aurait pas, du coup, le pouvoir constitutionnel d’impliquer son administration dans le dépouillement des votes, ce qui serait son objectif. Mais la bataille juridique qui s’ensuivrait provoquerait confusions et retards.
Les trumpistes ont encore des tas de mauvaises idées pour ne pas accepter des résultats qui leur seraient défavorables. Par exemple, leurs élus contesteraient au Congrès les investitures démocrates pour les empêcher de siéger. Restent les armes ultimes. Toujours prétextant des troubles publics graves ou encore des ingérences étrangères, l’administration Trump pourrait tenter de repousser les élections aussi loin que possible.
Jusqu’à la rupture constitutionnelle ?
Dans tous les cas de figure, les Démocrates se préparent à une crise électorale et, en cas de victoire, à une guerre de tranchées entre l’exécutif et le législatif. Cette situation affaiblira fortement les États-Unis. En dernier ressort, un coup d’État de Trump, une mise entre parenthèses forcée des pouvoirs législatif et judiciaire, pourrait jeter le pays dans le chaos et peut-être la guerre civile. En aurait-il d’ailleurs les moyens ?
On peut supposer que Trump ne se rangera pas à une telle extrémité. « La Constitution, qu’il a prêté serment de défendre, le lui interdit. Ce qui n’a pour lui, hélas, aucune signification. Il faut rappeler que Donald Trump a expliqué qu’il n’a pas d’autres limites que celles qu’il s’impose lui-même. C’est-à-dire aucune.
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