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Vu de l’hôpital: «Et si l’épidémie était derrière nous ?» (34)

publié le 04/05/2020 | par Jean-Paul Mari

Chronique de la bataille des hommes en blancs. Jean-Paul Mari suit au jour le jour le combat d’une équipe médicale dans un hôpital d’Ile-de-France.


Le professeur Michel (1) est un homme prudent, rationnel, mais pragmatique. Un matheux en blouse blanche en contact permanent avec ses patients. Ne parle pas beaucoup, conclut rarement. Là, ces derniers temps, il ne cesse de comparer les statistiques et ses propres observations. Au cœur de l’épidémie, dans le centre de dépistage de l’hôpital, les tests PCR étaient positifs à 60 %. On en a pratiqué 55 hier. Résultat : 2 Covid positifs, soit 3,6 %.  Le Samu, débordé il y a quinze jours encore, ne reçoit plus qu’une cinquantaine d’appels Covid. Et les urgences n’ont admis que quatre à cinq patients contaminés. Effet du confinement, bien sûr. Au niveau national, la mesure a permis de ralentir la première vague et d’éviter que les services de réanimation ne soient submergés par l’afflux de mourants en détresse respiratoire aiguë.

Sauf que le professeur Michel connaît ses patients, leur environnement, leur condition sociale. Des miséreux, des familles nombreuses entassées dans des logements exigus, des migrants, pour beaucoup, vivant dans des squats… «Eux n’ont jamais respecté le confinement simplement parce qu’ils ne le pouvaient pas, dit le professeur. Si le virus n’avait pas commencé à disparaître, on les verrait toujours arriver.» Ce n’est pas le cas. Il scrute les courbes des nouveaux cas et les modélisations de la revue Sciences et avance : «Et si l’épidémie était derrière nous ?» Il pose la question mais paraît convaincu de la réponse. Un virus qui disparaît ? «Oui, un virus saisonnier. Comme le Sras qui s’est volatilisé à jamais. Ou la grippe qui s’en va chaque année.» On en cherche les raisons, la chaleur, les ultraviolets du soleil ou l’hygrométrie. Aucune certitude.

«Le fait est que le Sars-Cov-2 se propage peu dans les pays chauds, en Nouvelle-Calédonie, dans les DOM-TOM ou en Afrique du Nord.» Certes, les Etats-Unis et le Royaume-Uni paient cher leur confinement trop tardif, mais ailleurs, dans les pays tempérés, les courbes des nouveaux cas ont toutes la même allure, en forme de cloche, «celle de Gauss, inventeur des statistiques». Une ascension exponentielle, un sommet, et une chute franche. «Il y aura donc peut-être une deuxième vague, mais en hiver, et si le virus trouve un réservoir animal où se loger.»

N’allez pas dire au professeur que les autorités politiques prennent trop de précautions : «Ils ont parfaitement raison ! C’est leur rôle, leur responsabilité. D’abord, je peux me tromper. Et beaucoup de collègues infectiologues ne pensent pas comme moi.» Pour connaître le verdict final, il suffira de surveiller les courbes des semaines à venir. Une épidémie qui s’effondre ? On pense aux familles de retour dans les parcs, aux baigneurs sur les plages ensoleillées. La fin du cauchemar et le retour à la vie ? Et on se dit qu’on aimerait tellement que le professeur ait raison…

(1) Le nom a été modifié.


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