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Mon père, ce journaliste…par Julie Calderon

Bloc-Notes Edito publié le 26/12/2019 | par grands-reporters

Il y a trente ans, le 22 décembre 1989, disparaissait Jean-Louis Calderon, reporter français, écrasé par un char dans une rue de Bucarest alors qu’il couvrait la révolution contre Ceausescu en Roumanie. Sa fille,Julie, avait six ans. Aujourd’hui, elle raconte ce père qu’elle n’a pas connu.

On ne se connaît pas très bien lui et moi. On a partagé six années ensemble mais ma mémoire me fait défaut. Volontairement défaut. Sans doute pour mieux me protéger.
Est-ce cette frustration de ne pas l’avoir mieux connu qui m’a poussée à devenir journaliste, comme lui ? A aller sur les mêmes terrains que lui, respirer le même air que lui ? Je pense que oui. Pourtant, j’avais beau marcher sur ses pas, je ne le connaissais toujours pas.

Alors je suis allée à la recherche de ceux qui l’avaient côtoyé. Ceux qui pourraient me raconter l’homme, le journaliste. Ses anciens collègues des années Europe 1, mais aussi ceux de l’aventure de La Cinq.
Et on m’a immédiatement parlé d’un homme plein d’humour, d’un homme droit, intègre qui avait une passion pour son métier de reporter. Un homme obsédé par le terrain. Aller voir sur place, rentrer puis raconter.

Il y aura le Liban dont il tombera amoureux, l’Afghanistan pendant près d’un mois à dormir dans les montagnes et marcher sur des terrains minés. Il y aura le Chili de Pinochet, la Bande de Gaza, Israël et la Cisjordanie ou encore l’Afrique du Sud. Il voulait être partout. Voir encore et toujours. Puis rentrer et témoigner.

Et puis en décembre 1989 il y aura la Roumanie. Berlin a fait tomber son mur le mois précédent, il veut à tout prix voir Bucarest faire tomber les Ceausescu.

Mais ce sera son dernier reportage. Celui d’où il ne reviendra pas. Celui qu’il ne racontera pas. C’est donc son ami et son cameraman Patrice Dutertre qui le fera pour lui. Il racontera leur arrivée à Bucarest, la liesse, la joie et les embrassades des Roumains avec les soldats. Puis il racontera ces chars statiques positionnés sur cette grande place de Bucarest. Il racontera les tirs prenant tout à coup tout le monde par surprise.

Et puis Il me racontera le moment où tout a basculé. Ce char positionné dans leur dos et qui avance sur eux. Un bond en avant, un mouvement brusque qui ne laisse aucune chance à ceux qui se trouvent juste devant. Jean-Louis Calderon n’avait que 31 ans, il est happé par l’engin et disparaît sous les chenilles du char. Il est mort pour nous informer. C’était aussi mon père. Et 30 ans plus tard je n’oublie pas.

 

 

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