Syrie. Jamil Hassan, le tortionnaire de Bachar
Après la chute d’Assad, la traque de Jamil Hassan incarne l’espoir d’une justice longtemps refusée aux victimes du système de torture syrien.
« Je continuerai à tuer pour maintenir Bachar Assad au pouvoir. Je tuerai la moitié du pays s’il le faut. »
Un peu plus d’un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, survenue en décembre 2024, les investigations se poursuivent pour retrouver Jamil Hassan, l’ancien chef des renseignements de l’armée de l’air syrienne, considéré par de nombreuses ONG et par la justice internationale comme l’un des principaux responsables du système de torture du régime. Sous sa direction, hélicoptères, avions et services secrets auraient été mis au service d’une guerre totale contre la population civile.
La chute du régime de Bachar el-Assad a aussitôt relancé une chasse à l’homme inédite : celle de Jamil Hassan, longtemps décrit comme l’un des exécutants les plus impitoyables de la répression syrienne. Pendant treize ans de guerre, son nom est revenu dans des récits de disparitions, de bombardements de quartiers civils et de séances de torture. Dès 2011, face au jeune militant Shadi Haroun, il aurait annoncé la couleur : « Je continuerai à tuer pour maintenir Bachar Assad au pouvoir. Je tuerai la moitié du pays s’il le faut. »
La terreur comme doctrine d’État
Les témoignages recueillis depuis dessinent le portrait d’un responsable persuadé que la répression totale était une nécessité stratégique. Devant ses collègues, il répétait que les manifestants « ne sont plus des protestataires, mais des terroristes » qu’il fallait « éliminer », selon plusieurs participants à ces réunions. La répression de la place Tiananmen lui servait même de référence : « Si la Chine n’avait pas réglé le chaos étudiant, elle aurait été perdue », disait-il encore en 2016.
Étouffer la révolte par la torture
Au fil des années, les survivants de ce que beaucoup décrivent comme un « boucher » ont ajouté pièce après pièce au dossier. L’ancienne détenue Dina Kash raconte que Jamil Hassan décidait lui-même des sévices infligés à certains prisonniers. En 2011, le jeune ingénieur Yazan Awad se souvient avoir dormi « écrasé comme des nouilles » dans une cellule prévue pour dix personnes, mais qui en contenait plus d’une centaine.
Les archives accumulées par les ONG et les enquêteurs parlent d’elles-mêmes : selon plusieurs organisations de défense des droits humains, des dizaines de milliers de personnes – on parle de 160 000 victimes – auraient disparu dans les centres de détention contrôlés par les services de renseignement syriens, notamment ceux placés sous son autorité.
Un criminel recherché par plusieurs justices
Aujourd’hui, Jamil Hassan fait partie des criminels de guerre les plus recherchés au monde. Il est visé par un mandat d’arrêt international délivré par la justice allemande pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, par un mandat d’arrêt en France, et a été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité par la justice française pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis contre deux binationaux syro-français. Il resterait introuvable depuis plusieurs années et n’a jamais été remis à la justice.
Une cachette au Liban ?
Plusieurs sources occidentales et syriennes affirment qu’il pourrait se cacher au Liban, où d’anciens membres du régime tenteraient de reconstituer un réseau autour de lui. « Ses mains sont couvertes du sang des Syriens », résume Abdulbaset Abdullatif, membre de la Commission nationale pour la justice transitionnelle.
« Jamil Hassan est à Assad ce qu’Eichmann fut à Hitler », estime de son côté Mouaz Moustafa, militant basé à Washington. Alors que la Syrie tente de se relever après la chute du régime, beaucoup voient dans son arrestation une étape essentielle pour les victimes et pour la justice. En attendant ce jour, des milliers de familles restent sans nouvelles de leurs proches disparus.
Encadré

🛩️ Les renseignements de l’armée de l’air, colonne vertébrale de la répression
Initialement chargés de la sécurité de l’aviation militaire, les renseignements de l’armée de l’air syrienne sont devenus, sous le régime Assad, l’un des services de police politique les plus redoutés. Directement rattachés au sommet de l’État, ils disposaient de centres de détention autonomes, hors de tout contrôle judiciaire.
Dirigés de 2009 à 2019 par Jamil Hassan, ils ont joué un rôle central dans la répression du soulèvement de 2011 : arrestations arbitraires, torture systématique, disparitions forcées. Leur brutalité était notoire, y compris au sein de l’appareil sécuritaire syrien.
Encadré

📅 Repères chronologiques (2011-2024)
2011
Jamil Hassan supervise la répression du soulèvement. Premières accusations massives de torture et de disparitions.
2012-2013
Les centres de détention de l’armée de l’air deviennent emblématiques du système répressif syrien.
2016
Hassan revendique une stratégie de terreur et cite Tiananmen comme modèle.
2018-2019
Ouverture de procédures judiciaires en Europe. Il quitte officiellement ses fonctions.
2019-2023
Mandats d’arrêt internationaux. Condamnation par contumace en France à la perpétuité.
Décembre 2024
Chute du régime Assad. Jamil Hassan disparaît, la traque s’intensifie.

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