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Enquête : Les reporters-photos malades de leur métier.

publié le 18/12/2019 | par grands-reporters

Pour les photojournalistes – et dans une certaine mesure pour l’ensemble de la profession de photographe- les risques et les problèmes de santé se situent essentiellement à quatre niveaux…


Préface
Quelques semaines après avoir réalisé un entretien avec une photojournaliste, j’ai reçu sur ma boîte mail ce texte écrit par elle. En guise de préface,
je lui laisserai donc la parole car ses mots, mieux que les miens, exprimeront ce que ressentent beaucoup d’entre eux.

«Une furieuse envie de disparaître. Une crypto quelque chose qui congèle, quelques semaines, le temps que les choses se tassent. Le temps que la douleur se calme.
Je veux bien passer par dessus, aller de l’avant, bouger, faire des activités,
me changer les idées mais j’ai des vertiges, parfois ma respiration se bloque, à la chorale j’ai des larmes qui coulent. Ça change les idées. Je me pensais nulle, je me constate pathétique.
Repenser mon métier de photographe, rebondir. L’appareil photo me brule, son poids m’arrache la nuque. Je veux bien me battre, ne pas les laisser gagner mais je ne suis pas équipée pour faire face à leur stratégie. Une forme de management moderne. Arracher le cœur des gens avec le stylo bille en or pour bien gratter le fond de leur estomac.

Message clair: RIEN. Tu pensais mettre de l’âme dans ton travail, te donner
à fond, bon esprit d’équipe, toujours partante. Et bien voilà, la preuve en est, je ne faisais que m’agiter, faire tourner de l’air car rien, rien je ne représente rien d’autre qu’une économie dans un tableau Excel. Je pensais que mes images comptaient. Que mes photos pouvaient dire. Rien je vous dis rien. Quelqu’un d’autre, moins payé, va appuyer sur le bouton et peu importe 
la photo, ça fera toujours plus l’affaire que d’avoir à payer. Rien, aucune valeur. Rien. Vingt ans d’ancienneté. Rien. Des couvertures qui font les meilleures
ventes annuelles. Rien.

Je ne vaux même pas un licenciement. Rien. Où alors un agacement sous forme de convocation prud’homale. Un ou deux collègues qui mollement protestent mais pas au point de perdre leur avantage. Rien. Rien. Rien. Et je dois repartir, passer à autre chose, avoir des projets. Refaire confiance, m’investir dans  un reportage. Croquer dans la vie. J’ai les dents arrachées et les gencives brulées par l’amertume. Devenir un coyote pourrait me faire envie, hurler
à fendre l’arme, leur sauter à la gorge, arracher leur sourire satisfait à pleine gueule, les crocs plongés dans leurs yeux de rapace et trainer le cadavre
de leurs ambitions. Mais rien, je ne ferai rien. Je suis annulée»

 

Lire le rapport complet d’Irene Jonas réalisé pour la SAIF et la SCAM en Juin 2019


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