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Série « les cavaliers » (3): Ma vie dans la Pampa

publié le 11/02/2020 | par grands-reporters

Entre La Pampa et le Poitou, je vis à cheval entre deux mondes, l’un imaginaire et perdu dans les méandres du temps, l’autre bien réel. Mon cheval de bataille, c’est écrire des histoires. Membre du Cercle des Poètes Patagons, j’aime composer des vers, le pied à l’étrier. Avec Saladin, j’ai misé sur le bon cheval. Attentif, froid et proche de l’Homme, il ne prend jamais le mord aux dents. Toutes ces richesses ne se trouvent pas le sabot d’un cheval, mais dans la nature avec mon animal.


J’ai toujours parlé de l’Argentine. À croire que j’avais eu une vie antérieure qui m’avait marquée de son sceau. Mon professeur de littérature et de civilisation étrangère à la Sorbonne proposa à chaque étudiant la lecture d’un récit de voyage. Sur la couverture d’un livre était dessiné un boleador en pleine action. J’y vis un signe et décidai de choisir ce texte au titre prémonitoire La Pampa. L’auteur, Alfred Ebelot, était un inconnu. Ingénieur, aventurier, journaliste, il semblait être une de ces figures qui peuplent l’imaginaire des siècles passés par un engagement un peu fou dans des expéditions un peu folles.

Je décidai de mieux connaître l’homme qui avait écrit ce témoignage sur la vie en Argentine à la fin du siècle passé. Mon enquête commença par l’envoi d’une lettre adressée au notaire de Saint-Gaudens. Je lui dis que j’aspirais à mieux connaître cette famille Ebelot et cherchais à savoir s’il existait des descendants. Je dus patienter.

Enfin, la réponse me parvint. Le château de Marignac avait bien appartenu à la famille, mais avait été vendu depuis longtemps. Le notaire terminait sa lettre en mentionnant les coordonnées d’une demoiselle Scorbiac, une descendante indirecte de ce monsieur Ebelot. Mon sang ne fit qu’un tour, j’attrapai mon téléphone et l’appelai avec une fébrilité non feinte. Elle était l’arrière petite nièce de ce cher Alfred. Elle l’avait connu dans son enfance et une affection particulière la liait à ce personnage héroïque de la famille.

Elle avait conservé la plupart de ses lettres, sa timbale, ses poèmes et trois photographies. J’appris la patience puisqu’il me fallut attendre presque deux ans entre ce premier coup de téléphone et la réception de la copie de ces archives familiales. Ebelot me raconta son Argentine à travers les longues lettres qu’il adressait à son frère Henri, resté en France. Puis, un jour, je dus partir pour l’Argentine. J’allais enfin confronter mes rêves à la réalité.

À Buenos-Aires, je fus chez moi. Je flânai dans les quartiers pour repérer les lieux que mon ami avait fréquentés. Je passai devant les bureaux de La Nación, puis ceux, depuis longtemps disparus, du Courrier de la Plata, avant de visiter le Musée Mitre. Je fis une longue promenade dans le quartier de la Boca et y découvris un port envasé habité par quelques carcasses de bateaux rouillés. Au bout de trois jours, il fut temps de rejoindre la gare de Retiro, direction le sud. Je fus accueillie par un couple argentin, propriétaires d’une estancia, perdue dans les environs d’Azul. Leurs arrières-arrières grands-parents italiens avaient migré dans l’espoir de cultiver leur terre. Des outils de charpentier, de la céramique ancienne, des pièces en argent martelé et en fer forgé décoraient la maison. Toute la panoplie du cavalier de la Pampa trônait dans le salon.

Après avoir dévoré un excellent bife de chorizo puis dégusté un flan couvert de dulce de leche, nous passâmes au salon pour raconter les exploits de nos héros. Avant d’aller dormir, je passai par les écuries pour faire la connaissance de mon cheval, le jeune Saladin, qui m’accompagnerait dans mes pérégrinations. Ma nuit fut courte. Nous partîmes tôt le matin après avoir ingurgité un café et quelques morceaux de boudins frits de la veille.

Je scellai mon cheval, y fixai mes affaires de rechange et mon duvet, et l’enfourchai. Nous étions trois cavaliers et un guide, Pablo. À la queue leu leu, nos montures empruntèrent un sentier qui longeait un petit ruisseau. L’aventure commençait. Je devins l’un des compagnons de route d’Alfred Ebelot qui, plus d’un siècle auparavant, avait parcouru le même chemin. Je me laissai bercer par le pas cadencé de mon cheval, le visage flatté par le vent. Ebelot commença à me chuchoter son histoire à l’oreille.

« Ce qui représentait pour moi l’avènement de la civilisation était pour eux un compte à rebours vers la mort. Les sauvages allaient disparaître à jamais. Ma division, composée de huit cents hommes, avait contribué à la destruction de leur monde. Nous les avions combattus pour défendre une cause juste, celle du partage des terres de la Pampa au profit des colons venus en masse depuis l’Europe.

Grâce à mon diplôme d’ingénieur, le pays m’accueillit au même titre que mes compatriotes formés à la science. J’y retrouvai de vieux camarades de Centrale, venus diriger la construction du Chemin de fer de l’Ouest et celle de villes entières. Vecteur de la civilisation européenne, je pus, comme eux, jouir d’un statut honorable et fus nommé Ingénieur de la municipalité de Buenos Aires. En 1870, cette ville ressemblait à une bourgade de province oubliée des hommes.

Elle n’avait rien d’une capitale, encore moins d’une capitale européenne. Elle sortait tout droit de l’époque coloniale, un temps où il était impossible de prévoir les proportions que prendraient de nos jours la circulation, le commerce et les exigences de la vie urbaine. On n’y trouvait aucune rue pavée, aucun réseau d’écoulement des eaux, aucun service de voirie. Au moindre abat d’eau, des familles entières ne pouvaient traverser les rues et le débordement des cabinets les transformait en un égout à ciel ouvert.

Pendant les grandes chaleurs, l’odeur restait insupportable. Buenos Aires était rustique et ne pouvait davantage correspondre aux ambitions de son gouvernement. Il devenait indispensable pour les autorités d’engager les dépenses nécessaires à la transformation de la ville en une capitale moderne, symbole d’une république solide et conquérante. Cette volonté de la réaménager s’inscrivit dans un projet plus vaste, celui de la conquête et du contrôle de l’espace. En tant qu’ingénieurs, nous allions prendre part à cette entreprise gigantesque dont le but était de transformer le pays en un État de type moderne, selon les normes européennes.

Un colonel et un homme d’affaires que je rencontrai lors d’un déjeuner aux ateliers du Chemin de fer de l’Ouest décidèrent de mon sort. Ils appuyèrent ma candidature comme ingénieur militaire auprès du ministre de la Guerre, Adolfo Alsina. Mon rôle, et celui de mes camarades, fut de lutter contre la barbarie en soutenant les intérêts économiques et politiques du gouvernement. Nous étions préposés au traçage de lignes, dessinant celles du rail, du télégraphe, du morcellement des terres et des limites des villages. La topographie n’avait plus de secrets pour nous. Cette nouvelle organisation du territoire supposait de nouveaux modes de vie auxquels les Indiens devaient s’intégrer.

On voulait faire d’eux des gens civilisés ! Ceux qui résistaient étaient contraints de demeurer dans la partie du territoire non encore conquise. Pour se faire, le ministre de la Guerre nous demanda de tracer les limites d’un gigantesque fossé, la Zanja, pour marquer la frontière entre la barbarie et la civilisation. Le fossé qu’il s’agissait de creuser faisait quatre cents kilomètres de long, 2,60 mètres de large et 1,75 mètre de profondeur.

Le parapet de gazon d’un mètre de haut, véritable petite muraille de Chine, le bordait. La construction de forts à intervalle régulier agrémentait la ligne de défense. Un travail titanesque nous attendait. Deux millions de mètres cubes de terre et de roches étaient à remuer et une armée de terrassiers, en plus des gardes-frontières et des troupes de lignes, à mener en plein désert. Ce tracé n’était pas une petite affaire !

Je partageais le point de vue d’Adolfo Alsina. Il ne fallait pas seulement conquérir l’Indien, il était nécessaire de le traiter correctement. Jusqu’à présent, nous avions compté sur la perfidie, la violence, les abus et les tromperies pour le gagner à notre civilisation. En fonction de nos intérêts politiques, on le flattait, on le menaçait. D’ennemi intérieur, on en faisait soudain un frère d’armes. Il figura alors dans toutes les guerres civiles et les combats pour l’Indépendance. Pour en finir avec ces arrangements, notre ministre décida de faire passer l’Indien dans le camp de la civilisation, en le sédentarisant et en l’éduquant. Son plan, s’appuyant sur une stratégie défensive, reçu des soutiens, mais aussi de fortes oppositions. Le projet coûtait cher. L’argent manquait.

Après une dure journée de labeur, nous nous retrouvions autour de notre feu de camp, à partager les histoires de nos compagnons terrassiers, Italiens pour la plupart. Oh ! Ces nuits à la belle étoile ! Notre mode de vie n’était pas si éloigné de celle des gauchos. Nous préférions seulement à leur recado nos installations européennes plus adaptées à notre sens du confort. Le recado était une sorte de bât, fait de bois ou cuir, et richement orné. Tout l’argent du gaucho passait à l’embellir. La bride, une sorte de mors arabe, le complétait.

Se faire voler un cheval était une affaire, mais perdre son recado était un drame. Il était à la fois sa fierté, sa valise, sa maison. Qu’il pleuve ou qu’il vente, cheval, recado et gaucho étaient d’inséparables compagnons. Il existait entre eux presque un lien de parenté. Graine de nomade poussé en plein vent, s’enfonçant dans la Pampa qui est pour lui ce que la mer est pour le matelot, ce demi-barbare n’avait rien à envier aux populations indiennes. Il était comme elles, un homme-cheval, pour qui la terre n’avait pas de limites.

Mon loyal Saladin n’aurait pas survécu longtemps à cette vie de plein air si nous n’avions pas eu la chance de nous rencontrer. Il n’était pas de ces petits chevaux argentins, robustes et adaptables, qui peuplent le désert et ne se nourrissent que d’herbe. C’était un selle français. Bien que polyvalent, il aurait été préférable pour lui de vivre dans une estancia et d’y mener une vie sédentaire. Comment était-il arrivé jusqu’à nous ? Jamais je ne le sus.

Subissant les attaques incessantes de la tribu Catriel, mes compagnons et moi avions été contraints de nous réfugier dans un fortin non loin du village d’Azul. Avant de nous combattre, les Indiens avaient pillé les villages colonisés, tuant leurs habitants et s’emparant de cinq mille bovins et de plus de mille chevaux. Pour franchir avec leurs montures la partie du fossé déjà creusée, ils y avaient précipité le bétail qui, une fois entassé, leur servait de remblais. Ces hordes du désert avaient tout rasé. Alvear, Tapalqué, Azul et Tandil n’avaient pas résisté. Les survivants qualifièrent cette attaque de « Grande invasion ». Appuyés par des troupes de soldats, nous avions pu nous défendre. Mon vieux Remington devint mon compagnon le plus sûr. Dans la bataille, mon cheval fut tué.

Lors d’une trêve, je pus enfin m’approcher de la bête abattue. Elle avait reçu une balle au-dessus de l’œil droit. Un cheval à la robe baie, à l’exception d’un de ses postérieurs dont les poils blancs imitaient une chaussette de laine mal enfilée, la veillait. Il ne bougeait pas et regardait le cadavre de son congénère avec une certaine tristesse. Il me toucha. Je décidai de l’apprivoiser. Son propriétaire avait sans doute disparu depuis belle lurette. Seule une corde qui pendait à son cou faisait office de licol. Un bref hennissement sourd m’accueillit.

J’approchai ma main et osai le flatter doucement. Il sembla apprécier ma caresse et d’un coup de tête amical me poussa. Il avait belle allure. Il n’était pas famélique et son poil ne vous restait pas collé dans les mains. Il avait dû appartenir à une personne soigneuse et attentive qui l’avait aimé. Nous devînmes amis et je lui proposai d’être son cavalier. Je le nommai Saladin, en raison de son esprit chevaleresque et de la conquête que nous menions nous aussi. Je fis de mon mieux pour le mettre à l’abri des razzias et des combats. Le soir, lorsque notre dur labeur prenait fin, je lui racontai l’histoire de mes chères montagnes que j’espérais un jour retrouver.

Les travaux de défense le long de la frontière m’amenaient souvent à parcourir trois cents kilomètres en trois jours. Saladin ne montrait jamais de signe de fatigue et accomplissait sa mission comme un vaillant soldat. Rares furent les fois où je dus emmener plus de deux chevaux. Saladin fut un témoin direct de cette vie qui s’était jouée dans le désert. Il avait vu, lui aussi, la fin d’un monde.

Les dépenses engagées par Alsina pour contrer les attaques de l’ennemi et entretenir une armée de frontière furent sérieusement remises en cause par l’opposition. À la mort du ministre, le général Roca prit les choses en main et intensifia la lutte contre les Indiens. La « conquête du désert » était véritablement née. Le fossé fut délaissé et une politique offensive fut mise en place. Nous allions déplacer la frontière jusqu’à la province du Rio Negro.

Saladin m’accompagna dans cette campagne à laquelle le général Roca me demanda de prendre part. Ma première expérience d’homme de frontière et mes compétences techniques furent appréciées pour participer à cette deuxième mission. Le nouveau ministre de la Guerre avait attaché, à chacune des colonnes, un ingénieur, renforçant par des ingénieurs civils le cadre un peu maigre du génie militaire. Les officiers de vieilles roches se moquaient de ces recrues. S’ils ne tarissaient pas de bons mots que nous nous forcions d’ignorer, ils avaient oublié que dans ce genre de guerre, l’essentiel n’est pas de sabrer, mais de prendre possession du sol.

La guerre fut radicale. On ne compta plus les morts du côté indien. Il y eut treize mille prisonniers dont une grande majorité de femmes et d’enfants. Les enfants furent « donnés » aux familles des vainqueurs, les femmes « attribuées » aux soldats, quant aux hommes, la moitié fut enrôlée de force dans l’armée ou la marine, et l’autre moitié fut envoyée aux travaux forcés.

Les Indiens durent penser que la nature se mettait contre eux, après la famine, la peste et la guerre, et qu’elle se faisait complice de l’œuvre terrible que nous accomplissions, la suppression d’une race. La conquête du Rio Negro fut définitive. Des nouveaux campements furent établis sur les rives, attirant toute sorte d’individus vers ces parages délaissés. On y vit arriver d’imposantes caravanes peuplées de spéculateurs sans scrupule, d’aventuriers de tout poil et de colons en mal de terre.

De retour de Neuquen, je décidai de séjourner quelques jours à Azul, là où j’avais vécu mes débuts d’homme de frontière. Mes camarades et moi avions fait tant de relevés topographiques dans ce coin de terre, que nous en rêvions la nuit. Je proposai à Saladin d’y faire étape, avant d’arriver à Buenos Aires. Sur le chemin – dire qu’on appelait ça chemin alors que le mot piste aurait largement convenu à ce tracé de cailloux – je m’arrêtai dans une pulperia. Assiégé par la poussière, j’étais mort de soif et mon cheval aussi. Cette taverne de campagne aux allures de cabane en bois était tenue par un Basque haut en couleur.

Le gin servi qui y empoisonne les gauchos est en partie la cause de nombre d’incidents. Je savais qu’en m’y arrêtant, le pulpero aurait bien une histoire ou deux à me raconter, une distraction qui me changerait de mon monologue quotidien avec Saladin. Il faut savoir que la pulperia est pour les gauchos une sorte de club, de salon où l’on cause. Ce qui s’y dit fait référence.

On se tient informé de la dernière naissance, du dernier assassinat, de la dernière bagarre. Après avoir bu une gorgée de vin tout en essuyant d’un revers de ma main la poussière de mon front, j’entamai la discussion avec mon hôte. Il avait organisé une course la semaine dernière. Un événement pour tous les gauchos du coin qui se retrouvèrent avec leurs chevaux en habit de fête. C’était l’occasion pour eux d’exhiber mors, pommeaux de selle, étriers et éperons d’argent.

L’installation était simple. Elle consistait en deux sentiers de terre battue, sur un terrain horizontal et en droite ligne, avec un poteau pour en marquer l’arrivée. Mon hôte n’était pas peu fier de son entreprise qui avait attiré en plus des parieurs, quelques spécimens féminins à son goût. Menés à la longe, les chevaux n’avaient qu’un léger mors. Les coureurs retiraient leur veste et leurs bottes. En manches de chemise, déchaussés, ils s’entouraient la tête d’une vincha, sorte de foulard qu’ils nouaient par-derrière. Les deux coureurs sautaient sur leur bête qu’ils montaient à cru. Ils attendaient le signal des juges pour s’élancer sur la piste.

Après deux ou trois faux départs, la course avait enfin lieu. Les paris allaient bon train. On y perdait ses bottes, sa solde ou sa maison, mais jamais son cheval ! Le soir, les gauchos sortaient leur guitare et le bal commençait. Les chinas, dans leur robe de fête, dansaient avec les héros du jour.

Mon cabaretier me servit un dernier verre, soucieux de me dire qu’il ne fallait pas juger son établissement sur les apparences. La pulperia, malgré ses murs de torchis et son toit de chaume pour plafond, accueillait la vie de la Pampa et ses drames émouvants. De ce lieu de vices et de passions émanait une poésie aux vers frustes chantée par le gaucho. »

Un son de guitare me réveilla. Nous chevauchions depuis des heures et je m’étais assoupie sur le dos de ma bête. Pablo grattait les cordes de son instrument et chantait l’histoire d’une jeune femme qui rêvait sur son cheval. Je compris qu’il se moquait gentiment de moi. Il était temps de faire une pause. Nous nous arrêtâmes dans une fermette où le patron, d’origine basque, nous offrit des rafraîchissements. Je souris. Pablo me demanda pourquoi. Alors je lui racontai qu’un homme du nom d’Alfred Ebelot s’était arrêté, il y a bien longtemps de cela, avec son cheval – qui dans mon rêve portait le même nom que le mien – dans une pulperia boire un verre de vin et écouter les histoires d’un cabaretier basque.

Il avait chevauché jusqu’aux terres froides du sud. Il avait mené une vie de gaucho pendant des mois alors même qu’il revendiquait son statut d’homme de science et de progrès. Quel paradoxe ! S’il avait cautionné cette conquête au nom de la civilisation, il n’en avait pas moins ressenti une forme de nostalgie violente. De ce mot « civilisation » retentissait un écho terrible où progrès et destruction en étaient les deux faces. Pablo m’écouta et ne fit pas de commentaires sur cette période l’histoire de son pays.

Du sang indien coulait dans ses veines. Il préféra me parler de ses deux amours, la Pampa et son petit criollo, Pampito. Nous bûmes deux autres verres de vin de la Bodega Piedra Negra. L’alcool me monta un peu à la tête, mais je n’en laissai rien paraître. J’enfourchai mon cheval et repartis au pas, entre les herbes hautes de la Pampa.

De retour à Buenos Aires, je pensai à nos cavalcades dans les prairies, à ces troupeaux de moutons que nous avions tenté de rassembler dans une estancia voisine, à ces feux de camp autour desquelles nous buvions notre mate d’un air arrogant, comme si nous avions été de vrais gauchos. Ces souvenirs me comblèrent. Dans l’avion qui me ramenait à Paris, je sus qu’Alfred m’avait accompagnée et m’avait permis de sentir l’espace infini et parfois monotone de la Pampa.

Je l’avais approchée, même de façon infime, le temps d’une chevauchée, à une époque où rien n’était plus pareil. Toutefois, même si je l’avais traversée avec le regard d’une étrangère qui file sans s’arrêter, j’avais eu l’impression de voler un peu de cette vie qu’il avait menée avec tant de passion et de doutes.

Pauline Raquillet

 

A SUIVRE…

Les auteurs :

– Jean-Louis Gouraud, écrivain, éditeur
– Atiq Rahimi, écrivain, prix Goncourt
– Pierre Durand, cavalier de Jappeloup
– Alain Connan, commandant de Marine marchande, fondateur de Greenpeace France, ayant notamment commandé le Rainbaw Warrior, le Syrius

– Hubert de Gévigney, amiral
– Adriana Tager, sambiste
– Mahyar Monshipour, champion de boxe – Alain Louyot, grand reporter
– Antoine Grospiron Jaccoux, réalisateur – Jean-Francis Vinolo, journaliste
– Sylvain Chaty, astrophysicien
– Pauline Ambrogi, auteure
– René Bruneau, écrivain

Préface par Claude Thomasset, professeur émérite Paris 4 Sorbonne.

L’ELOCOQUENT, éditeur Association loi de 1901

Format : 224 pages
Prix de vente TTC : 23 euros

Contact :
Elise Dürr
06 87 66 13 96 elise.durr@wanadoo.fr

ALLER SUR LE SITE DE LA MAISON D’EDITIONS : www.elocoquent.com

 

 

 

 


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